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Portrait
Un vent de féminité sur les paddocks

L’expression «vivre à 100 à l’heure» aurait pu lui convenir à ravir, avant de finalement se révéler quelque peu légère. Cyndie Allemann a passé une grande partie de sa vie à rechercher la vitesse et la perfection des courbes pour être aux avant-postes.

Par EM, le - Ed. 8

Elle a grandi à Moutier et sa profession est pilote automobile. Voilà qui n’est pas banal! N’ayant pas les infrastructures nécessaires dans les environs pour poursuivre son apprentissage, elle s’exilera en Allemagne, aux Etats-Unis, puis au Japon pour vivre sa passion pour le sport automobile.

Du karting à la voiture de sport, en passant par la F3

L’histoire a commencé sur un karting où, initié par son père, lui-même pilote reconnu, elle fait ses débuts à l’âge de 7 ans. Elle s’est, au fil des saisons et des dépassements, imposée comme une des meilleures du championnat suisse, avant de gravir les échelons de la hiérarchie européenne. Douée et ambitieuse, elle intègre une structure professionnelle de karting italienne à 16 ans.

Rappelée par ses études, elle rentre en Suisse où elle obtiendra un diplôme de commerce, puis une maturité professionnelle, ne cessant pas pour autant de signer des exploits sur circuit. Ayant enfin l’âge d’avoir officiellement son permis de conduire, elle bifurque vers l’automobile en 2004.

Elle se distinguera en Formule Renault, puis en Formule 3 avec le team Mercedes junior. En 2008, elle change de vitesse et décide de se consacrer exclusivement à sa passion. Elle part aux USA tenter sa chance en Indy Lights, la sous-catégorie de l’Indy Car. En 2010, elle participe à la célèbre course des 24 h du Mans et prend part au Championnat du Monde FIA GT1 réunissant des voitures de type Grand Tourisme de 1re catégorie, au volant d’une Ford GT.

Aujourd’hui âgée de 26 ans, elle court dans le prestigieux championnat Super GT japonais au sein de l’équipe Hitotsuyama Racing, en classe GT300. Son nouveau bolide est une superbe Audi R8 LMS. Avec une 9e place pour ses débuts, elle s’est d’ores et déjà fait remarquer.

En voilà une jolie carte de visite! Aussi talentueuse que jolie, la Jurassienne a tout pour plaire aux foules. Et garnir encore un peu plus ce palmarès à faire rougir n’importe quel baroudeur.

Sollicitée de toute part, mais restée très accessible, Cyndie à répondu à quelques questions de votre P’tit Ju. Elle nous parle de son univers et de son actualité.

Cyndie, que fais-tu en Suisse en ce moment?

Comme mon contrat au Japon n’était pas programmé et s’est décidé à la dernière minute, je fais les allers-retours pour le moment. Je vis donc la majorité du temps en Suisse, où je travaille à 100% avec mon frère à Bremgarten, près de Zurich. Nous avons une entreprise «Spirit Karting» avec un circuit et un magasin, spécialisé dans le karting.

Toi qui a eu l’occasion de beaucoup voyager, que te dis-tu en revenant dans la région?

Étonnamment, c’est ici que je me sens le mieux. C’est la maison, je retrouve ma famille. Comme quoi, on n’oublie pas facilement ses racines.

T’arrive-il de sortir à Moutier?

Rarement, car je ne suis pas souvent dans le coin. Mais, plus jeune, j’ai travaillé au Papillon!

Quel est le plus bel endroit que ta profession t’ait permis de découvrir?

La Californie. J’ai eu l’occasion de passer quelques jours à San Francisco et c’est, pour moi, la plus belle des villes.

Et ta plus belle rencontre?

Je vais dire Lewis Hamilton, le pilote de formule 1. Je l’ai connu bien avant qu’il ne pilote en F1, nous étions en quelque sorte des amis d’enfance, car nous nous côtoyons depuis très jeune sur les circuits de karting. Quand je l’ai revu et qu’il était au sommet, je ne pensais pas qu’il me reconnaitrait ou qu’il me parlerait. Mais il n’a pas changé et nous avons passé un très bon moment à discuter et plaisanter. Il a gardé les pieds sur terre, malgré son succès.

Ta carrière t’a emmené cette saison au Japon, envisages-tu de t’y installer?

Ce n’est pas prévu pour l’instant. Je dois encore m’adapter, ce qu’il est plus difficile à faire qu’aux USA par exemple, où le style de vie ressemble plus au nôtre. Au Japon, ce n’est pas la même mentalité, mais les gens sont très sympas et respectueux. C’est à réfléchir. Il faut dire que j’ai déjà beaucoup voyagé grâce à mon sport et actuellement ma vie est en Suisse, où j’ai d’ailleurs repris des études de comptabilité par correspondance. Donc pour l’instant je me rends une à deux fois par mois là-bas pour les courses. Une chance que je n’ai pas peur en avion!

Comment est l’ambiance des paddocks un jour de course?

L’excitation monte petit à petit. On ressent les vibrations des moteurs qui chauffent dans tout le corps. C’est beaucoup d’adrénaline et aussi une certaine dose de nervosité avant le départ.

Quel est, pour toi, le plus beau circuit?

J’ai deux circuits préférés. Il s’agit de celui de Watkins Glen, dans l’Etat de New-York aux Etats-Unis et celui de Magny-Cours en France.

Etes-vous beaucoup de filles sur le circuit?

Cela vient gentiment, nous sommes de plus en plus. C’est malheureusement réputé comme étant un sport de mec, alors qu’une fille peut être un autant bon pilote. Nous avons plus de finesse et de sensibilité qu’un homme et ces des qualités très importantes. Les clichés sur les femmes au volant sont bien loin de la réalité. A l’avenir, il faut s’attendre à en voir de plus en plus sur les circuits et je pense même qu’un jour la gente féminine sera représentée en F1. C’est aussi mon but de faire découvrir le sport automobile aux femmes avec notre entreprise «Spirit Karting».

Et qu’en est-il des rapports homme-femme dans le milieu automobile?

Il faut faire ses preuves. Lorsque je change d’équipe, c’est toujours un problème pour se faire respecter au début. Les mécaniciens, par exemple, ne croient pas tout ce que je peux leur dire quand aux réglages de la voiture. Petit à petit, ils finissent par se rendre compte que je sais de quoi je parle et ça se passe bien. Je me suis aussi fait, au fil des années, une bonne réputation dans le milieu, ce qui rend les choses plus faciles.

Quel est ton objectif ultime en automobile?

De pouvoir vivre à 100% de ma passion comme pilote et comme coach. Aujourd’hui, je suis semi-professionnelle. Avec mon frère et mon père, qui sont eux aussi pilotes, nous possédons de bonnes connaissances pour bien développer et faire progresser notre entreprise.

Et pourquoi pas la formule 1, un jour?

Il faudrait que je me dépêche, car je deviens vieille! C’est un milieu très politique où il est dur d’arriver à un tel niveau. Il est nécessaire d’avoir des sponsors pour se faire connaître. Aussi, je pense que j’aurais eu plus de chances si je venais d’un pays autre que la Suisse, où le sport motorisé n’est pas très soutenu, notamment au niveau de la Fédération. Mais je suis contente de la route qui a été la mienne jusqu’ici.

Comment entretiens-tu ta condition physique et as-tu une hygiène de vie particulière?

J’ai régulièrement fait plus de 2 h de sport par jour. Aujourd’hui, j’ai atteint une bonne base physique, ce qui me permet de ne plus en faire autant. Mon entrainement consiste en une partie cardio avec de la course à pied, du vélo, de la natation et une partie fitness avec du gainage, musculation des bras et de la nuque, très importante pour le pilotage. Sinon je ne suis pas de régime particulier, mais je mange équilibré. Et des pâtes le jour des courses.

Si tu n’avais pas été pilote?

Je pense que je travaillerais dans la finance.

Une dernière question typiquement «Petit Jurassien»: le cliché de la jolie fille qui secoue sa chevelure en enlevant son casque?

Je le fais parfois pour rire! Il faut jouer là-dessus, nous avons déjà assez de désavantage dans ce milieu, alors pourquoi ne pas se servir de notre féminité.

Bonne route Cyndie!

Son site Internet: www.cyndieallemann.ch


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