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Portrait
Guy Moullet – Le sportif qui enseigna

Avec ses trente-six années d’enseignement, Guy Moullet est présent dans l’inconscient collectif de chaque prévôtoise et prévôtois. Même si vous n’étiez pas dans sa classe, vous le connaissez. Les récits de ses cours de mathématique avec son ami de la Grèce antique vous disent sûrement quelque chose. Ses expressions pour le moins originales sont gravées dans votre mémoire. Sans oublier, vous vous en doutez bien, ses leçons de gymnastique. Nous pourrions presque dire qu’elles sont légendaires… ses leçons bien entendu. Avant de le rencontrer en face à face dans un café du coin, le Petit Jurassien s’est posé sur un banc d’école pour se rappeler, en image, comment c’était d’avoir «le Guy» comme prof.

Par SO, le - Ed. 25

Portrait Chinois

Mardi après-midi 13h30, nous avons rendez-vous dans l’ancien repaire des profs, l’Ours. Assis en face de Guy Moullet, il accepte d’effectuer le petit rituel du portrait chinois dont voici les réponses:

Si j’étais un chiffre: 6N’y voyez aucun rapport avec la meilleure note à l’école
Si j’étais un théorème: Oh! Pythagore!Qui l’eût cru ?
Si j’étais une forme géométrique: Le losange, il y a un parallélisme et un axe de symétrie. Pas le carré c’est trop carré
Si j’étais un accessoire sportif: Le vélo
Si j’étais un sport insolite: Le football américain
Si j’étais un muscle: Le quadriceps
Si j’étais un aventurier: L’australien Crocodile Dundee
Si j’étais un artiste: Jean TinguelySculpteur, peintre et dessinateur suisse
Si j’étais un sabotage «historique»: La panne soudaine du rétroprojecteur le 18 juin 1982
Si j’étais une foutaise contemporaine: Silvio Berlusconi

Pythagore, sabotage et le vélo. Ces mots associés au personnage sont une sorte de repère. Même si le monde change, il est des gens qui restent authentiques et ça, ça fait plaisir.

Le 4e choix

C’est en 1971 que Guy Moullet quitte l’école secondaire comme élève pour entrer au gymnase de Bienne. Ce n’était toutefois pas l’avenir qu’il s’était imaginé depuis sa plus tendre enfance. En effet, son premier choix  de profession, «plutôt un rêve» dit-il, était paysan. Son grand-père ayant une ferme, il est souvent allé y travailler, mais aucune possibilité de reprendre le domaine ne s‘offrait à lui. Il nous confie «le travail de la terre, ce qu’elle fait pousser, l’élevage du bétail et la traite quotidienne est la base de ce que l’homme a besoin». L’image de Guy Moullet avec une fourche, un chapeau de paille, les salopettes et tout le tsouin-tsouin sans oublier l’épi de blé entre les dents ça le fait non?

Son deuxième choix était géomètre. En ayant fait un stage dans les années soixante, il a été séduit par cette profession. Il aurait pu se retrouver à «pythagorer» dans le terrain pour planter des bornes et dessiner des cadastres mais comme il nous raconte «j’ai été victime d’un sabotage! Un professeur m’a dit d’aller plutôt au gymnase». Aux oubliettes l’avenir de géomètre avec les années folles hors d’école.

Le troisième choix était météorologue. Il était intéressé par les phénomènes d’orages, il aimait observer les temps des saisons. Mais à l’époque pour faire des études dans ce domaine, ce n’était possible qu’en Angleterre. «Je n’y étais pas préparé et j’avais un peu la chiasse comme on dit. Et comme un benêt je jouais au hockey à Moutier et je voulais continuer». Aucun regret cela dit. Et donc arrive le quatrième choix: L’enseignement.

Simplifier: √(x2+ x2)

Il ne faut pas s’imaginer que le métier d’enseignant était pour lui le dernier choix ou un «au pire des cas», bien au contraire. D’autres idées de métier lui trainaient en tête mais celle-ci était du genre tenace.  «Depuis la 6e-7e année (8e-9e année pour les plus jeunes) j’y pensais déjà» précise-t-il. D’ailleurs il avance que «c’est une démarche intellectuelle saine et forte d’avoir plusieurs idées de profession. Mais je respecte ceux qui ont une idée précise de ce qu’ils veulent faire et qui s’y tiennent».

En ayant terminé son gymnase en 1974, il étudie pour obtenir le brevet secondaire à l’université de Berne en 1978 dans quatres disciplines: mathématiques, gymnastique, physique et géographie. «J’ai eu la chance de côtoyer et d’avoir des professeurs qui ont été confrontés à la réalité du terrain» nous explique Guy Moullet. Effectivement, à l’époque en suivant cette formation, les gens savaient de quoi ils parlaient en ayant fait leurs armes dans de véritables classes. «Avant, ce n’était pas des plotteurs de nuages comme ces pédagogues d’aujourd’hui…» marmonne une voix étrangère à notre table. Suite à ce brevet, il a dû accomplir neuf mois de stage dans deux écoles différentes. Arrive alors une opportunité d’enseigner à l’école secondaire de Moutier. Une place d’enseignant s’était créée. Conséquence heureuse du fameux baby-boom.

Y’a plus de jeunesse

Voulant profiter de son expérience parmi la jeunesse, nous lui donnons un texte à lire: c’est un passage de la République de Platon qui peut être résumé grosso modo par «Il n’y a plus de jeunesse». (Extrait en fin d’article). Il termine l’article, écoute la question que nous lui posons puis se lève en nous adressant un «un moment s’il vous plaît» et s’en va chercher le journal du jour. Il nous le tend avec un «je vous rends la pareille, je vous fais lire ce texte qui colle, par un hasard de circonstance, à votre question et cela me laisse le temps de réfléchir». Malin et futé ce Guy Moullet. Effectivement, le texte parle d’un mécontentement voire d’un scandale, par rapport aux jeunes et carnaval. A deux-trois détails près ce texte pourrait être d’actualité sauf que celui-ci a été rédigé en 1900.

Il profite donc de ce parallèle pour répondre à la question. «Je ne suis pas du tout d’accord avec les gens qui disent que la jeunesse fout le camp, qu’il n’y a plus de respect» affirme-t-il. «Il reste encore une grande majorité d’élèves qui sont gentils, corrects et respectueux avec qui on peut avoir une relation normale» et il ponctue que c’est, comme dans d’autres domaine d’ailleurs, une minorité qui pose problème. Le sujet étant pour le moins intéressant, Guy avance le fait que la société a sa part de responsabilité dans cette minorité à problèmes. L’occasion de philosopher avec son ancien enseignant ne se refuse pas mais vous n’en saurez pas plus, c’est le maître qui le dit alors « dis oui au maître ».

Sportif accompli au rire sincère

Nous connaissons Guy Moullet, son vélo, sa canne, ses patins et son short lors des leçons à la patinoire et dans la salle de gymnastique. Son amour pour le Hockey est évident. Il a commencé de manière assez simple raconte-il « dans les années 1960 il y avait deux sports à Moutier: le foot et le hockey. Comme mes copains habitaient le quartier Viaduc-Graitery, c’est normal que l’on s’est tourné vers la patinoire à ciel ouvert à l’époque ». Il a passé de nombreuses années sur la glace depuis ses quatorze ans en 1969 chez les novices du HC Moutier puis chez les juniors, ensuite en 2e équipe, la 1ère équipe, re la 2e équipe et pour terminer chez les vétérans en 2010. Il a même passé dix années, en parallèle, comme entraîneur à Moutier et 5 ans à Crémines. Le vélo fait partie intégrante du personnage. En plus de ses déplacements quotidiens, il effectue un entraînement de 2000 km entre mars et juin pour un mini tour de France en été avec «un groupe de farfelus tablards» selon ses mots. Nous pouvons constater qu’il entretient sa forme physique avec le coup de pédale d’un maître . Mens sana et corpore sano dit-on.

Avant de nous quitter, il aborde une problématique que le chagrine quelque peu: «J’ai toujours aimé les sports de saison bien qu’il n’en ait plus vraiment. Un exemple pour illustrer ça: en même temps qu’il y a les JO d’hiver, il y a les matchs de coupe d’Europe de football» dit-il, «Pour moi en hiver on fait du Hockey et en été du vélo». C’est alors que l’entrevue se termine et qu’il nous quitte avec une poignée de main ferme, un sourire aux lèvres et enfourche son vélo pour rejoindre l’école secondaire.

Il est marrant ce Guy Moullet, il a ce petit côté jovial qui met de bonne humeur quelle que soit la saison.

 

Extrait de la République de Platon:

Que, répondis-je, le père s’habitue à devoir traiter son fils d’égal à égal et à craindre ses enfants, le fils s’égale à son père, n’a plus honte de rien et ne craint plus ses parents, parce qu’il veut être libre; le métèque s’égale au citoyen et le citoyen au métèque, et la même chose pour l’étranger.
C’est bien ce qui se passe, dit-il.
À tout cela, dis-je, s’ajoutent encore ces petits inconvénients: le professeur, dans un tel cas, craint ses élèves et les flatte, les élèves n’ont cure de leurs professeurs, pas plus que de tous ceux qui s’occupent d’eux; et, pour tout dire, les jeunes imitent les anciens et s’opposent violemment à eux en paroles et en actes, tandis que les anciens, s’abaissant au niveau des jeunes, se gavent de bouffonneries
 et de plaisanteries, imitant les jeunes pour ne pas paraître désagréables et despotiques.

 

Réponse de la simplification: (√2)x


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Della Polla dit :

Nous confirmons, il est sympa ce Guy. Pascal et Nicole

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