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Le film à voir... Ou pas!
Capitaine Phillips

Quelle année de cinéma! Cela faisait un bon moment que nous n’avions plus eu la chance de découvrir autant de grands films en salle. Un petit coup d’œil en arrière suffit pour se rappeler quelques titres qui ont marqué 2013: «Gravity», «Cloud Atlas», «Le Passé»… Mais notre rythme d’un conseil par mois ne nous a pas permis de suivre la cadence. En effet, nous n’avons pas eu l’occasion de parler de «Zero Dark Thirty», «Django Unchained», «Mud», «To the Wonder», «Star Trek Into Darkness», «Inside Llewyn Davis»… soit autant de titres qui ont fait de 2013 une année cinématographique d’exception. Et le mois de décembre nous réserve encore de belles surprises. En tête, «La Vénus à la fourrure», le dernier Polanski qui s’avère être une petite merveille drôle, troublante, audacieuse et délicieusement sombre. Bien sûr, nous attendons de pied ferme «The Wolf of Wall Street» de Martin Scorsese et, forcément, la suite des aventures de Bilbon Sacquet! Mais avant d’établir notre top 10 de l’année, il nous faut encore parler d’une petite bombe qui risque bien de vous coller à votre siège et de vous faire suer à grosses goûtes: le terriblement efficace «Capitaine Phillips» de Paul Greengrass.

Par TG, le - Ed. 23

Réalisé par: Paul Greengrass
Avec: Tom Hanks, Barkhad Abdi, Chris Mulkey
Genre: Drame

étoile_5

Histoire vraie

Pour son huitième film, le réalisateur britannique Paul Greengrass a choisi de porter à l’écran l’histoire vraie de la prise d’otage du cargo Maersk Alabama en 2009 par des pirates au large des côtes somaliennes. Rien d’étonnant de la part du réalisateur du très bon «United 93» (qui nous faisait vivre les 90 dernières minutes des passagers de l’avion détourné le 11 septembre 2001 qui était censé s’écraser sur la Maison-Blanche). S’il entend coller à la réalité, Greengrass ne cède toutefois pas à la tentation de nous rappeler d’emblée que «ceci est une histoire vraie». Cette absence de carton qui avertit que nous allons assister à un drame authentique – et qui menace d’emblée le spectateur d’être un salaud s’il n’est pas ému devant la véracité du récit – témoigne de l’honnêteté de sa démarche.

Lutter pour survivre

Nous pourrions aussi parler d’honnêteté au sujet de la manière avec laquelle Greengrass filme les pirates somaliens. Plutôt que de les présenter comme une menace anonyme surgissant de nulle part – et donc de les déshumaniser, le réalisateur décide de les filmer avant l’opération, sur la terre ferme, où la précarité de leur quotidien les encourage à succomber à la tentation de s’attaquer aux navires marchands qui viennent narguer leur pauvreté en traversant le golfe d’Aden. Sans chercher à les excuser, Greengrass souhaite nous renvoyer à leur condition. De cette manière, le lien avec Richard Phillips, le capitaine du Maersk Alabama campé par un Tom Hanks qui n’a jamais été aussi bon, est flagrant: ici, chacun lutte pour sa survie. De ce postulat de départ, Greengrass déploie un véritable film de guerre stratégique, logistique et territoriale. Plus encore, il élève son œuvre au rang d’épopée questionnant nos repères géographiques et notre relation aux dimensions dans un monde où il ne faut guère plus de quelques heures à un soldat basé aux Etats-Unis pour être parachuté au bout du monde.

Un drame en trois actes

Découpé en trois actes bien distincts, le récit de «Capitaine Phillips» s’impose comme un monstre de tension dans tous les registres qu’il aborde. Rarement un film aura réussi à véhiculer un tel suspense dès son amorce. Dans la phase qui précède l’attaque, la menace qui plane sur le cargo est instantanément palpable. Tout le mérite revient à Tom Hanks qui impressionne par sa capacité à nous transmettre et à nous faire ressentir ses craintes. S’en suit le deuxième acte, celui de l’abordage et de la fouille du bateau qui se transforme en palpitante partie de cache-cache entre les pirates et les membres de l’équipage. Quant au final, sorte de huis-clos anxiogène et de course contre l’agressivité croissante des pirates qui prennent conscience de l’étau qui se referme sur eux, il brille par sa manière d’alterner entre le chaos et la moiteur qui règnent dans le canot de sauvetage et le calme et la froideur extrême de l’opération chirurgicale mise en place par l’US Navy et les SEAL pour sauver Richard Phillips.

Hyperréalisme

Fidèle à lui-même, Paul Greengrass opte pour une réalisation nerveuse et une caméra presque exclusivement portée à l’épaule. Mais contrairement aux innombrables réalisateurs qui abusent de la «shaky cam» sans véritable talent, Greengrass est un maître en la matière. Toujours lisibles bien que jamais stables, ses plans bénéficient tous d’une énergie remarquable. Au plus près des visages, sa caméra colle à l’action et convient parfaitement aux conditions, conférant ainsi un aspect hyperréaliste au film. L’immersion est totale! Scotché à notre siège pendant plus de deux heures, on en oublierait presque de respirer. Haletant de bout en bout, intelligent dans son approche, «Capitaine Phillips» trouve sa place aux côtés des meilleurs films du genre. 2013 avait commencé en beauté avec «Zero Dark Thirty», Greengrass nous offre maintenant un magnifique écho au film de Kathryn Bigelow pour terminer l’année. La boucle est bouclée.

 

Horaires: 

Tavannes, Royal (VF)
Mercredi 4 décembre 2013: 20h00
Jeudi 5 décembre 2013: 20h00
Vendredi 6 décembre 2013: 20h00
Samedi 7 décembre 2013: 21h00
Dimanche 8 décembre 2013: 17h00

Delémont, Lido (VF) 
Mercredi 4 décembre 2013: 20h30


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Théo dit :

Je m’y retrouve bien dans votre critique ! Bien vu !

La scène qui m’a le plus marqué reste quand même celle où deux mondes diamétralement opposés se confrontent: celui des pirates somaliens versus la toute puissance américaine. La différence est telle que l’on est amené à éprouver un sentiment des plus bizarres qui nous amène à la question: comment est-ce possible ? comment en est-on (l’humanité) arrivé là ? Une telle différence.

Et c’est vrai que Hanks est magistral ! La dernière scène vous prend tellement aux tripes !

Film à voir absolument !

TG dit :

Merci !

Oui, le parallèle est extrêmement bien exploité. Alors qu’il leur faut 36 heures pour rejoindre la côte dans leur canot, les SEAL traversent la planète entière en dix fois moins de temps. Greengrass gère très bien la notion d’espace et de contrôle du territoire. D’un côté les pirates presque apatrides, et de l’autre, l’armée qui exerce un contrôle millimétré du terrain grâce à ses drones et instruments. Et surtout, son film n’est jamais manichéen.

La dernière scène m’a aussi soufflé. Le jeu de Hanks est parfait et la démarche protocolaire à la fois glaciale et adaptée de la personne en face de lui est sidérante de réalisme.

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