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Chronique
Treize heures à la Braderie prévôtoise

Le week-end du 23 au 25 août dernier à Moutier, vous avez bu, vous avez mangé, vous vous êtes pavanés, vous avez chanté ou gueulé, vous avez dansé, vous vous êtes lâchés dans les ruelles à pisse, vous avez forniqué, vous avez chancelé et peut-être même régurgité, bref vous avez teufé. Vous n’étiez pas seuls. À grand renfort d’Alain Mojito (vous en avez bu plus de 750!), Marie-Thérèse Torchée et Gilles Surchié, le P’tit Ju a écouté avec attention l’aventure d’une soirée d’Edouard le fêtard, un Prévôtois plus ou moins comme les autres, et vous le livre. Récit.

Par MPV, le - Ed. 20

Le vendredi soir d’Edouard le fêtard à la Braderie de Moutier

Vendredi soir. 17h30. 
Je me pointe au stand de ceux qui, depuis des années, sont les premiers et les derniers, en face du pub de la vieille ville. J’y commande ma première crêpe nutella: il faut bien un fond dans le gosier avant d’entamer les hostilités. Certains parlent de marathon. Eh ouais, à la Braderie, il FAUT faire la fiesta, il FAUT être heureux, il FAUT ne plus en pouvoir. Bref, je m’enfile vite fait cette première crêpe et, avant de partir pour faire le premier tour des rues, je me prends une BFM. Cette année, ça va envoyer du pain. Je marche. Premières rencontres tout sourire: tout le monde est content parce qu’on est encore dans cette phase où on se dit «trop bien, ça va être la fête».

Vendredi soir. 18h50. 
Les derniers stands sont prêts. Entre temps, j’ai goûté à quelques cocktails; celui du SHC Rossemaison (qu’est-ce qu’ils foutent là ceux-là?!) est pas mauvais, quoiqu’un peu chimique. Le mojito du Cinoche se laisse boire, sans plus: ils auraient eu meilleur temps de faire un ciné en plein air, au lieu de venir ici. Enfin bon, je continue ma balade. Il commence gentiment à faire faim. Cette année, j’me suis promis d’aller prendre une friture au stand des pêcheurs: y paraît que c’est bon et que ça marche du tonnerre, paraît qu’ils se font une pétée de thune; mais j’irai demain ou dimanche, une autre fois, là j’ai envie de viande et de vin rouges.

Vendredi soir. 21h04. 
Y’avait le choix. Le steak de cheval du HC Crémines, un délice à prix abordable: 16 balles pour une belle assiette bien juteuse. Pour quatre thunes, y’avait le sanglier du HC Moutier qu’avait l’air d’avoir du r’tour aussi, mais j’irai demain ou dimanche, une autre fois. Bref, avec les copains, on se dit qu’il faut mettre le turbo, mai’nant qu’le bide est plein. À côté, au stand du P’tit Ju, ils servent des trucs aux drôles de noms: c’est qu’ils se croient marrants et originaux ces malins. Heureusement pour eux, leur Alain Mojito n’est pas si mal. Mais 8 francs pour un cocktail, j’me dis qu’y en a des qui se font pas chier. «Y’a 3 dl gros!» qu’i’ m’répond le gars du stand. Oooh! Feu!

Vendredi soir. 23h32. 
Les quatre tournées précédentes se font sentir. Ça commence à résonner dans ma tronche, mais pas autant fort que les cliques qui nous cassent les pieds dans les rues. Un peu pompette, j’essaye de battre à une copine une théorie de merde selon laquelle on s’était réjoui de ne pas avoir vus ni entendus ces cliques y a deux ans; mais que c’était un calcul pas très mercantile de la part des organisateurs qui avaient perdu pas mal de fric; car la réaction humaine la plus saine face à la cacophonie des cliques, c’était de fuir vers un bar et de consommer pour désensibiliser ses tympans. Ma copine me regarde avec cette gueule horrible qui feint l’approbation: elle ne m’a pas entendu. Satanés trompettes.

Samedi nuit. 00h53. 
Pour la dixième fois ce soir, un connard à moitié pété que j’vois qu’une fois tous les deux ans, vient vers moi et m’hurle «Ouaaaaaaais ciao mec! Ça joue ou quoi depuis le temps?! Hé mais tu sais quoi? Faut trop profiter ce soir parce qu’y parait qu’c’est le seul jour où qu’y fait beau du week-end, haaaan!», et moi de lui répondre avec un sourire non moins blasé que faux-cul «Bien ou bien? Ouais, c’est claiiir, trop mec, y faut profiter, hehehe!». Parler du beau temps, ou le degré zéro de la conversation. Par contre, ça m’fait quand même penser que demain soir, je s’rai derrière le bar, alors il n’a pas si tort, le mec. D’ailleurs, me faut tout d’suite une blonde. A mes risques et périls, je vais la trouver au stand du FCP où pas mal de trentenaires louches bougent sur de la funk. Je m’incruste un moment. Après, y’aura le rituel des 2h, avec son lot de saucisses, de burgers-frites ou de raclettes. Mais ça, c’est plus tard.

Samedi nuit. 01h52. 
Mon radar marche à plein régime. Aïe aïe aïe, je sais bientôt plus où donner de la tête. «Bella bambina, tu sais que tu me plais?» lancé-je en rêve à cette jolie fille, et de continuer avec cette réflexion primitive à deux balles: mais que serait cette Braderie sans son assortiment de nanas fraîchement pimpées devenant de plus en plus jolies selon le taux d’alcoolémie, sans ces regards qui en disent long et ces sourires décontractés ou secrets qui font ce divin plaisir à l’égo, et qui rappellent aux couples Ô combien l’adage «avoir un arbre ne veut pas dire qu’on ne peut pas mater la forêt» prend tout son sens?! Ouais, c’est un peu la fête de l’excitation et de la tentation c’te Braderie. Mais très peu pour moi d’y céder ce soir: peut-être demain ou dimanche, une autre fois, quand je s’rai un peu plus (ou moins?) con. Alors accoudé au bar et perdu dans mes pensées, un type rien à voir qui danse pas loin de moi semble en avoir capté l’essence; il me regarde et me dit dans une finesse de ton toute footeuse, «C’que ça aguiche un max par ici, quoi!». Et moi de penser: ouh là, faut vite que j’me casse d’ici.

Samedi nuit. 03h37. 
Bordel, j’ai b’soin d’me vider. Et il n’est pas question que je m’enferme dans un de ces cabanons publics, jaunes, humides et débordants d’immondices. Non, moi, j’préfère tapisser sans gêne façades, murets et autres jardins communaux. Ahhhh, les ruelles à pisse de la Braderie, des moments uniques… Assez longs pour remarquer à quel point on est déjà éméché, et assez courts pour ne pas se couper de la fête que l’on entend continuer sans nous comme si elle était au loin. Le problème avec les ruelles à pisse, c’est l’embarras du choix. Où donc marquer mon territoire? Elles me font toutes de l’œil ces ********! Ma préférée de la dernière fois, c’était dans la montée au parking de l’ancienne Coop parce qu’avec les potes, on s’amusait à faire des ruisseaux. Y a aussi les ruelles secrètes derrière le Chicago, vers le stand du volley, qui m’ont l’air sympa. Sinon, derrière la librairie Point-virgule: mais c’est tellement bien caché et fait pour ça qu’il y règne comme une ambiance de merde. Non, je crois qu’aujourd’hui, j’vais plutôt aller derrière le stand du BCM, y parait qu’on s’y lâche bien et, en plus, y’a pleins de pains-frais aux lunettes lumineuses qui chantent à tue-tête: impossible de se faire choper! *Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzip… Frrrrchfrchhh… Fffssssssssssssssssssssssssst….* La gueule béate levée vers les étoiles, les yeux mi-clos. Aaaaaaah, le frisson incomparable de la dernière goutte. Soulagement ultime. *Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzup.* C’est r’parti pour un tour mon p’tit gars. Un pote me téléphone: «Mec, mais tu fous quoi là? Tu fais long! Come on, on va au Notorious, y’a du bon son et de la fesse fraîche!». Très romantique. J’me lave les mains et j’arrive.

Samedi matin. 05h27. 
J’marche plus très droit, mais quand même plus que ceux qui ont perdu leur dignité depuis un moment déjà. Et y’en a beaucoup. Les beurrés insupportables qui ne tiennent pas l’alcool se multiplient exponentiellement dans les rues à ces heures. Bonne excuse pour bientôt m’tirer d’ici. Non, non, non! moi, j’fais pas partie d’ces gros beugeons qui comptent les jours avant la Braderie sur Facebook et qui finissent à pas d’heure. Mais avant de partir, faut vite que j’avale quequ’chose de solide, sinon je risque de lâcher le liquide. Rendez-vous obligatoire du bout de la nuit: la mythique crêpe jambon-fromage.

Samedi matin. 06h39. 
Le p’tit dernier pour la route a duré plus long que prévu. J’ai été retenu au triangle d’or à boire des coups avec des fins g’lons. Mais cette fois, c’est fini, j’tiens plus d’bout et faut absolument que j’me tire de cette ambiance de fin du monde. À plus tout le monde… En rentrant, seul, le bruit des derniers gueulards s’éloigne. Petite ambiance toute mystique dans ma tête: ch’us pété, mais ça va, y fait frais mais super bon, le jour se montre gentiment. Treize heures de noce, et c’était que l’premier soir: ça y est, on est en plein dedans. J’arrive enfin à la baraque dans cette ambiance que seule la Braderie prévôtoise sait m’offrir. Dans mon plumard, les yeux fermés, je tire un intense sourire de satisfaction. Ça faisait deux ans que j’l’avais plus dit en le pensant si fort: «Moutier, je t’aime.».

Les ruelles à pisse d’Edouard 

01 # Ancienne Coop

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02 # Chicago

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03 # Vieille Ville

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04 # Derrière le stand du BCM

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05 # Endroit mystère

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