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Portrait
PyT et les questions…

Son charisme intéresse. Sa carrure interpelle. Et sa voix, sculptée par cigarettes et ritournelles, caresse. Le regard profond, c’est un être doux qui chante l’émoi sans ombrelle. Galaad, L’Escouade, et maintenant PyT, et pleins d’autres choses que des projets musicaux: une vie. Portrait d’un poète rockeur prévôtois – Pierre-Yves «theutheu» Theurillat.

Par MVP, le - Ed. 19

Premiers pas

Né en 1971 à Moutier, cadet d’une famille de cinq enfants dont il est le seul représentant mâle. Pierre-Yves aime à penser que l’enfance est «une sorte de paradis perdu, de cocon mirifique dans lequel on peut se retrouver à certains moments de sa vie». Ses premiers souvenirs d’écriture remontent à l’école obligatoire où il se rappelle de sa première composition, «gaston anti-cats», sur un personnage qui haïssait les chats. Qu’on se rassure, dans son petit coin de vie aux Genevez, il a aujourd’hui deux chats, et il les martyrise seulement la semaine des quatre jeudis… Toujours est-il que cette expérience scolaire lui montra les voies de l’imagination et de la création: à 12-13 ans, il s’essaye à des textes personnels et tient un carnet de philo-poésie au langage amoureux. De quoi faire frémir la gent féminine… Viennent ensuite ses premières chansons, qui s’écrivent vers 16-17 ans. Et puis des centaines d’autres expériences d’écriture, à n’en plus compter, parfois mises en musiques. Notamment avec son premier groupe,Galaad, né en 1988, inscrit au panthéon des grands noms de la scène rock francophone.

Double-vie

De cette période-là, notre esthète se souvient d’un sentiment de toute-puissance, mais, avec le recul, reconnait aujourd’hui la fragilité de cet état où l’on profite de la vie, cet état «d’avant les responsabilités d’adulte». Il ne connaissait alors pas la tranquillité, chose à quoi il aspire aujourd’hui. Et entre les débuts émotionnants de Galaad de la fin des années 80 et l’aujourd’hui de stabilité, des vies se sont passées. Une vie en marge de l’art: d’abord des premières études avortées, puis des boulots dans les médias régionaux, en faisant un crochet par Couleur 3, le tout combiné avec une vie sociétaire bien fournie. Récemment, il terminait un apprentissage de commerce pour compléter son expérience et, aujourd’hui, travaille pour le Journal du Jura. Parallèlement, il y a une vie d’artiste: des mots écrits (des centaines de milliers), des albums (4) et des concerts (plus de 150 avec Galaad). De tous les projets musicaux de «theutheu», les principaux sont les deux albums de Galaad (Premier Février, 1992 etVae Victis, 1995), l’album de L’Escouade (Confidences de mouches, 2010) et le nouveau-né de PyT (Carnet d’un visage de pluie, mars 2013). Les chroniques et autres critiques les encensent. Et tout amateur de rock progressif reconnaît en ses œuvres un coffret à bijoux dont certaines perles peuvent être plus scintillantes que d’autres, selon les goûts. Mon coup de cœur perso va au Carnet d’un visage de pluie, une claque et un joli titre d’album qui plus est!

Interview: pensées en vrac

J’ai rencontré Pierre-Yves chez lui, dans son intimité, aux Genevez, un soir de pleine lune. On a discuté écriture, musique et philosophie autour d’un verre de sirop à la menthe et des bretzels. Nourriture assez propice à me faire entrer dans son cerveau afin d’en extraire la substantifique moelle… Si je me perds dans les méandres de ses neurones, venez me rechercher!

Écrire à jamais

MPV: «Comme c’est beau, les mots» nous dis-tu dans une chanson de ton dernier album. Tricoter avec les mots, le langage, qu’est-ce pour toi? La recherche du Beau, du Sens?
PyT: L’écriture pour moi est une pratique transformée en discipline depuis que je sais écrire. Pourquoi j’écris? Pour le sens, la mémoire, l’esthétisme, le plaisir de créer et de voir se créer devant soi une trace de vie. J’ai expérimenté pleins de choses: le surréalisme, le cunéiforme, en passant par la poésie contemporaine (je suis féru de René Char) ou du plus classique. Mais qu’est-ce que l’écriture? A-t-elle une valeur? Si oui, peut-on comparer celle du texte d’un ticket de commission à celui d’une chanson? À nous de voir. Quoi qu’il en soit, toujours j’écrirai.
MPV: Comment travailles-tu les mots?
PyT: En passion. À l’instar du magicien qui donne vie à un golem, je capture une matière, la modifie et lui insuffle la vie. Je sculpte dans la vibration des mots.

De parolier à interprète

MPV: Quel est ton rapport avec la/ta musique?
PyT: Très basique. J’ai une perception assez pure de ce qu’est la musique. Elle est faite de vibrations et d’émois. Je suis ouvert à une écoute variée de styles, tant que ça me parle. Et ça peut parler à différentes couches de mon être: l’âme, le cœur, l’intellect, la foi, les «tripes», la mémoire… Oui, la musique est un espace mémoriel qui laisse émerger des mondes. On associe parfois volontairement une chanson à des souvenirs, à une période de sa vie ou à un être. Ca nous touche… Quant à mon rapport avec ma musique, j’ai des compagnons-musiciens très doués, dont certains sont professionnels, et on travaille de façon à ce qu’un résultat soit satisfaisant, qu’il nous parle et puisse parler à chacun.
MPV: Quelle est ta création préférée et pourquoi?
PyT: En général, je suis très démocratique avec mes chansons et ne les hiérarchise pas. Maintenant, si je devais quand même en choisir une, ce serait «In this tribe» du dernier album, qui parle de la condition du musicien dans un groupe et qui est, à mon goût, un petit bijou assez parfait, poli. Pourquoi cette chanson? Pour plusieurs raisons. D’abord, parce que c’est le dernier titre du Carnet d’un visage de pluie et que de ce fait, il invite à faire un lien avec des choses à venir, des prochains rendez-vous. Ensuite, parce qu’à la base de cette chanson, il y a un rêve et aussi des souvenirs. Dans le rêve, je participais à une fête où des esprits chaleureux s’aimantaient et ripaillaient. Je me souviens que nous partagions un certain goût pour le mystère… Et les gens autour de cette tablée fantasmée étaient en fait des figures musiciennes qui m’ont depuis toujours marqué et influencé profondément: Peter Gabriel, Peter Hammill, David Bowie, Fish. Ce rêve et les innombrables souvenirs de groupes et de concerts ont été en partie à la base d’«In this tribe». De ces souvenirs, celui qui a peut-être été le plus marquant est le concert à Bratislava, avec Galaad, en 1994. Le concert en soi s’était bien déroulé. Mais c’est toute l’expérience autour qui fût mémorable: le voyage de quinze heures pour aller jusque-là, l’esprit de fête qui régnait, le fait de dépenser à peu près 100 balles en tout en quatre jours, de se retrouver dans un hôtel aux allures staliniennes, d’avoir failli être au milieu d’une échauffourée dans une boîte de nuit après le concert, d’être dix à prendre une tournée de bières 5dl et ne payer qu’une thune pour le tout, de rire toujours, d’être ensemble dans cette folie, tout cela, à mon sens, constitue un genre d’absolu, de plénitude de l’expérience humaine. «In this tribe» est en anglais, mais c’est une chanson multi-voix, qui signifie toutes ces choses.

Poète-philosophe

MPV: Notre intuition nous dit que la poésie est quelque part philosophie. Les Grandes questions ne te sont pas étrangères. En quelques mots, que penses-tu de
– l’Être?
PyT: Une sorte de grand carrousel qui tourne tout le temps, où l’on change de place selon notre ambition d’être, selon ce qu’on souhaite devenir, et y parvenir (ou pas?).
– le Temps?
PyT: Un artiste est un témoin de son temps. Quant au temps qui passe, il faut en faire son allié, savoir profiter autant d’en avoir que d’en manquer.
– la Vie?
PyT: Le problème ne réside pas dans le fait de mourir, mais de manquer de vivre… manquer de vivre sans mourir est un no man’s land à éviter. Et à l’existence, du latin exsistere «sortir de, s’élever de», je m’y consacre plus ou moins bien: disons que je me pose la question de sortir et de m’élever ou pas.
– l’Univers?
PyT: Je crois qu’il faut marcher à l’envie et créer son propre univers. Quant à notre place dans l’univers, elle tient autant au rêve qu’à la réalité. Une grande majorité des gens laissent leurs rêves en friches. Quand bien même, je pense qu’on peut espérer trouver une place satisfaisante dans cet univers en expansion. Et comme l’univers qui s’étire, il nous faut nous étirer à la vie pour accueillir plus favorablement ce qu’elle comporte. 

Photos portraits par Rolf Perreten

 

Prochains rendez-vous de PyT:

13.06: en duo avec son pianiste pour les 150 ans du JdJ, Tramelan 
21.06: au SAS, Delémont 
31.07: au festival de la petite Grange, Épauvillers 
02.08: à Festichaux aux Reussilles 
26.10: au Royal, Tavannes

Le CD Carnet d’un visage de pluie est en vente à la Librairie Point-Virgule à Moutier, à Musico-Mania à Delémont, par l’auteur sur le site de PyT ci-dessous ainsi que chez Built by France www.builtbyfrance.com

www.pyt.cn.com
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