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Portrait
De ramoneur à maton, de guitariste à luthier

Si vous voulez rencontrer un vrai passionné, on va vous présenter Rolf Perreten, un fou de la vie. Ramoneur recyclé en gardien de prison, guitariste de génie, photographe averti ou luthier inspiré, ce mec au caractère bien trempé ne laissera personne indifférent. Spazzacamino! C’est le terme qui me revient chaque fois que je le revois, en souvenir d’un livre que lisais quand j’étais gosse. L’histoire triste d’un petit ramoneur tessinois que j’ai lu au moins dix fois. Mais ce ramoneur-ci est tout sauf triste. Portrait.

Par Cégé, le - Ed. 5

Né en juillet 1960 à Tramelan où il fit ses classes, Rolf Perreten quitte ses sapins pour aller entreprendre un apprentissage de ramoneur au bord du lac, à La Neuveville. Bien que bilingue, il part ensuite perfectionner son suisse allemand à Büren-an-Aare, à Nidau, puis revient dans la vallée de Tavannes avant de s’installer à Moutier. Pendant vingt-deux ans, il sera le collaborateur expérimenté du ramoneur régional Raymond Brin. Mais dès 2006, l’appel de la cheminée se ternit et il va commencer une formation gardien de prison. Et voilà qu’aujourd’hui, le père de Fanny, 28 ans et David 25 ans, et l’époux de Danièle se retrouve maton aux geôles prévôtoises.

J’ai la guitare qui me démange…

A quatorze ans, son père musicien l’inspire. Il lui emprunte sa guitare et commence à gratter les mélopées d’époque. Il forme son premier groupe. Casseroles, bac à linge et amplis faits de vieilles radios et moyens du bord rythment ses envies. A seize ans, deuxième groupe, rock des années septante. Il joue avec un guitariste qui suit des cours à l’école de jazz et qui lui montre des trucs. Révélation et envie de progresser l’étreignent. Il jouera avec d’autres guitaristes et agira en vraie éponge, avide de connaissances qu’il concrétisera au conservatoire de Bienne avec Marco Figini. Rolf, qui ne peut vivre sans musique, ne cessera de cheminer (!), fera et défera des groupes. Puis ce sera la rencontre avec Kiki Rais avec qui il forme  A tu et A iu (à toi et à moi, en basque). Chouette challenge que celui que de jouer à deux guitares acoustiques, en formation intimiste, basée sur la magie de la rencontre, de l’écoute et de l’impro. Compositions personnelles ou reprises, latino, swing, ballades, musiques du monde, groove etc., le duo s’éclate dans un respect et un dialogue communs. Puis arrive un troisième larron, le contrebassiste Manu Kummer. L’histoire de la même veine se perpétue et l’échange est toujours aussi intense. Concerts et animations diverses font que les compères ne gardent heureusement pas pour eux leur talent de manière égoïste, et le public en redemande. Deux CD sont venus corroborer cette chouette expérience, et un troisième est prévu pour la fin de l’année.

Retrouvez quelques extraits de A TU A IU

J’ai les pixels qui me démangent…

Le maton-guitariste vient encore d’ajouter une corde à sa gratte. Il s’est découvert une nouvelle marotte: la photo. Il s’est dit que vivant enfermé dans son atelier ou au boulot, autant ajouter à ses activités de plein air un autre hobby artistique. Ayant tâté à l’argentique dans son jeune âge, c’est bien entendu au numérique qu’il a passé il y a seulement deux ans. Et devinez comment? Avec passion et un enthousiasme hors du commun bien sûr; il  a vite su maîtriser les arcannes des appareils modernes. Il a d’ailleurs entraîné son fils David dans son sillage, et celui se montre particulièrement doué également. Il fait d’ailleurs partie de l’équipe photo du P’tit Ju et de son site PixLab, dont nous parlons dans notre édito. Rolf Perreten aime particulièrement immortaliser la nature, le reportage ou les concerts. Son but serait d’ailleurs de monter une expo. Lui qui aime tant les rencontres, il a adhéré aussi au Photo club où comme par hasard, quelques-uns de ses potes grattent aussi la guitare. Vous avez dit heureux?

J’ai la lutherie qui me démange…

Bon; il a fait dans la  «ramone», lui qui aurait préféré être ébéniste ou pratiquer un métier d’art. A force de gratter des guitares, il s’est dit qu’il pourrait aussi en fabriquer. Dont acte. A seize ans, il fait sa première. Elle existe toujours, mais rien à voir avec celles qu’il produit actuellement. Il y a une dizaine d’années, il découvre un bouquin sur la fabrication des guitares classiques. Il cherche un atelier, où commander les bois, et il se lance. Tout à la main! Actuellement, il s’est équipé de petites machines et c’est quasiment d’une petite usine dont il est le maître, lui qui de plus en plus découvre les secrets d’un travail haut de gamme. D’une ou deux guitares pour les copains au départ, il vient de livrer son dix-huitième exemplaire! Sans prétendre être luthier, il cherche simplement à perpétuer un savoir faire en respectant quelques données de base: la table en épicéa, le corps en palissandre ou érable ondé, le manche en acajou ou érable, les touches toujours en ébène. Il ne vendra donc ses guitares qu’à des passionnés et à un prix qui le défrayera tout juste. Quand on sait qu’il y a déjà cinq cents francs de matériel et qu’il passe environ deux cents heures à sa confection, on comprend que c’est plus l’enthousiasme, le côté philosophique et relationnel avec la nature qui le motive, plus que l’intérêt pécuniaire.

Vous avez dit passionné?


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