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Patrouille des Glaciers
Des prévôtois «de glace»

Les mauvaises langues diront qu’à Moutier il n’y a que des râleurs et des piliers de bar. Ça n’est pas complètement faux. Mais si vous cherchez bien, particulièrement sur les hauteurs, comme au sommet du Raimeux ou du Graitery, vous pourriez bien tomber sur l’un de ces «Ayatollah du dénivelé», jamais rassasié d’une bonne montée à vous dévisser les ménisques. C’est donc tout naturellement qu’on retrouve une poignée de joyeux lascars prévôtois au départ de la plus mythique et la plus difficile des courses de montage en Suisse: La Patrouille des Glaciers.

Par RM, le - Ed. 27

Les lascars en question sont Hervé Solignac dit «Le Docteur» ou «Le Pharmacien» parce qu’il prend soin de ses copains de galère, mais aussi Michel Generelli et David Simon: trois «Pas-trouillard des glaces» toujours partant pour l’apéro chez l’Pat, mais aussi et surtout toujours prêts à relever ce genre de défi sportif dantesque puisque souvenez-vous, on les avait déjà suivis (ndlr: loin derrière) lors du Marathon Raid de Moutier au mois d’octobre il y a deux ans (cf. archives P’tit Ju «Les cimes sonnent»).

Un peu d’histoire

Avant de s’intéresser aux exploits glaciers de nos valeureux prévôtois, rappelons tout de même qu’est-ce que La Patrouille des Glaciers. C’est une course de montagne qui relie Zermatt à Verbier en passant par Arolla et qui prend ses origines en avril 1943.

Alors que le reste du monde se met copieusement sur la tronche, la Suisse, elle, s’amuse en montagne. Sauf qu’en réalité, ce n’est pas exactement de l’amusement; au départ cette course est strictement réservée aux militaires afin de tester les capacités physiques et mentales des soldats.

Une deuxième édition a lieu en 1944 puis, durant quelques années, la course n’est plus organisée. En avril 1949, on refait une tentative mais malheureusement, cette année là, La Patrouille des Glaciers déplore ses trois premiers morts! Un accident qui va marquer le pays et lancer une grosse polémique. Du coup, le Département militaire fédérale l’interdit jusqu’en 1984, date à laquelle elle redevient autorisé et même ouverte aux civils bien que restant sous contrôle militaire et donnant toujours la priorité à ces derniers.

Depuis, tout les deux ans, au mois d’avril, on revoit un peu partout dans les médias, ces images d’hommes et de femmes passant la ligne d’arrivée, exténués par l’effort ou encore ces bouchons humains de nuit qui forment des colonnes lumineuses éclairé par leur simple lampe frontale sur nos blanches montagnes.

Cette année, après un mois de mars particulièrement doux, les conditions d’enneigement se profilaient comme étant particulièrement difficile. Mais juste au dernier moment, Dame Nature a jugé bon de déposer une fine couche de neige en hommage à nos valeureux guerriers des cimes.

«Y’avait plus qu’à…»

A l’assaut!

Notre sympathique équipe est donc prête pour vivre ses aventures alpines. Prête mentalement du moins puisque de l’aveu de deux des protagonistes, l’entrainement physique qui a précédé cette Patrouille des Glaciers aurait pu être un peu plus copieux.

D’un autre côté, pour la plupart des membres de l’équipe, ce n’est pas une première expérience: David Simon peut se targuer d’en avoir déjà avalé deux avant celle-ci. Hervé Solignac, lui,  en est à sa deuxième édition. Quant à Michel Generelli, lui, il n’avait encore jamais tenté l’expérience, mais il peut facilement combler son manque d’expérience par un moral à toute épreuve.

Première étape: rendez-vous la veille de la course à Evolène pour la vérification du matériel. Une vérification «militaire», est-il nécessaire de le préciser. Chaque petit détail est contrôlé et validé à l’aide d’un petit bout de scotch. Du coup, à la sortie du hangar de vérification, nos amis sont recouverts de bouts de scotch de la tête aux pieds!

Mais il faut plus que quelques adjudants bourbines zélés pour décourager nos vaillants montagnards.

Une fois le matos en ordre, les concurrents sont placés dans des cars, direction Arolla, pour le briefing, le souper et le dodo. Une fois sur place, une chambre est attribuée par patrouille. Le confort y est correct, même si quelques heures avant la course, le sommeil n’est pas des plus profonds.

Et puis le réveil sonne, il est 1 h du matin, nos joyeux drilles s’équipent, déjeunent et se rendent à vive allure sur l’aire de départ. Un départ prévu à 3 h 30 tapante pour nos prévôtois.

Et interdiction d’être en retard… La Patrouille n’attends pas! En même temps, ils ne sont pas venus pour acheter du terrain!

En route!

Dès les premiers mètres, nos amis prennent leurs marques: les conditions sont bonnes, il fait froid, très froid même, environ -15 degrés ce qui gèle la totalité de l’équipement des patrouilleurs (caméra, téléphone, eau, etc.).

La neige, elle, est au rendez-vous, elle est fraîche, ce qui est idéal pour monter, un peu moins pour descendre. Ça tombe bien, la descente, ce sera pour plus tard.

La course se passe sans encombre du moins pour eux, puisqu’ils croiseront tout de même en bordures de traces, quelques patrouilleurs à l’estomac fragile. Les aléas du sport… ou de la nourriture militaire. L’histoire ne le dit pas!

Les passages mythiques comme le Col de Riedmatten ou la Rosablanche, sont négociés avec brio par nos trois mousquetaires, bien que Michel Generelli,  le plus novices des trois en Patrouille des Glaciers, avoue quand même être surpris par la difficulté de certains passages, comme par exemple, un tronçon fait de marches d’escalier de différentes tailles et hauteurs, taillées dans la glace quasiment à la verticale, et le tout sans s’encorder, avec 10kg de matériel sur le dos, et l’interdiction de tomber en arrière sous peine d’entraîner avec vous les suivants!

Des difficultés qui rappellent à tous que si aujourd’hui La Patrouille des Glaciers est devenue un événement populaire, elle n’est pas pour autant destinée à n’importe qui, et reste une course taillée pour les montagnards aguerris!

Fertig!

Au final, nos intrépides aventuriers des cimes, auto-baptisés «Le club des patineuses prévôtoises» terminent «La Petite Patrouille des Glaciers», soit Arolla-Verbier, à la 61ème place, dans la catégorie A1 Senior2, avec un chrono honorable de 08 h 01 min.

Un temps qui représente environ une heure de plus que ce que l’équipe s’était fixée comme objectif, tout en n’oubliant pas que le but ultime, c’était avant tout de terminer la course, peu importe le chrono.

Hervé, Michel et David peuvent rentrer dans leur vallée la tête haute, une médaille accrochée à la veste de ski, une plaque de chocolat et un paquet de biscuit militaire dans le sac, mais surtout avec le sentiment d’appartenir désormais au cercle très fermé des prévôtois patrouilleurs des glaces!

Bravo les Patineuses!


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