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Chronique
Les soucis du Pantographe

Ce sont plus de mille paraphes qu’ont récolté les responsables du Pantographe, espace culturel alternatif et autogéré de Moutier, qui demandait par une pétition au conseil municipal d’assurer leur pérennité. Ils occupent actuellement et depuis cinq ans les locaux de l’ancienne usine Junker, mis à disposition par Tornos, qu’ils partagent avec le musée du tour automatique et d’histoire qui, lui, souhaite acquérir le bâtiment pour se développer, fort d’une promesse de vente. Le centre culturel devrait donc déménager à la fin de l’année, et le torchon brûle.

Par cégé, le - Ed. 5

Elle avait fière allure, la place de l’hôtel de ville prévôtoise, avec les plus de mille signataires de la pétition comme décor. Chaque nom était reporté sur une mince feuille de papier, elle-même accrochée à des ficelles, tendues depuis la fontaine au bâtiment, ce qui conférait au parvis un air de fête. Et ils étaient satisfaits, les responsables du Panto, Ondine Schwab-Yaffi et Gilles Strambini, du succès de leur démarche. Ils ont obtenu un soutien non seulement régional, mais également de Suisse et de l’étranger, ainsi que de diverses personnalités du monde culturel. Ils attendent de la part de la commune une espèce d’arbitrage pour trouver une solution. Une petite centaine de personnes assistaient à l’événement et a entendu des proches du Pantographe lire des lettres de soutien rédigées par des institutions ou groupements culturels.

Autorités attentives

C’est le conseiller municipal Marcel Winistoerfer, en charge du dossier, accompagné de sa collègue Silivia Rubin qui a réceptionné la pétition. Il a mentionné dans son discours que les autorités étaient à leur écoute, et que même si une séance antérieure n’avait pas donné de résultats, la porte du dialogue restait ouverte et qu’une nouvelle entrevue avec les parties concernées aurait prochainement lieu. Mais il faut attendre que les résultats d’une étude externe commandée par le musée sur ses perspectives de développement soient connus. Il a rappelé aussi que la commune n’était pas propriétaire des lieux.

Le pantographe

C’est en 2006 que démarre le Pantographe qui collabore avec de moult centres culturels régionaux. Et en 2011, ses responsables donnent comme chiffres: 67 concerts, 5 expositions collectives, 19 performances live, 14 résidences de création, 150 soirées jam, jeux, lectures, ou projections, 150 artistes, 480 membres, 25’000 heures de bénévolat, 2100 m2 rénovés.  Leurs locaux, rachetés par Tornos en 2008 et mis à disposition gratuitement, sont également ouverts aux groupes de musiques, à une troupe de théâtre, ou autres habitués du piano-bar, musiciens, joueurs, mélomanes, amateurs d’art. Bien des artistes ont marqué l’atmosphère de leur passage et la bâtisse offre de multiples possibilités et solutions. Elle est polyvalente, accessible, dispose de volumes et surfaces impressionnantes. Les demandes d’occupations sont nombreuses, selon Ondine et Gilles. Le Panto a reçu sa lettre de dédite de la part de Tornos, mais il ne veut pas partir, estimant que son avenir est lié à l’usine; de plus, il multiplie les activités pour prouver son utilité.

Le musée du tour automatique et d’histoire

Mais voilà… le musée, actuellement installé dans la toute proche villa Junker, jugée trop petite, a obtenu une promesse de vente de l’usine Junker, par Tornos, pour fin 2012. Ses responsables, Claude Monnerat en tête, désirent rénover l’ensemble du bâtiment pour y donner une visibilité internationale, mettre ses biens en valeur, célébrer le génie industriel régional et le savoir faire mondialement reconnu. La cohabitation s’avère donc difficile, et pas vraiment souhaitée. L’aile nord est en voie de réaménagement grâce à un prêt de la commune sans intérêts, remboursable sur dix ans, de Fr. 228’000.–. Mais cet espace de 200 m2 ne suffira pas, et c’est donc l’ensemble du bâtiment qu’entend occuper l’institution.

Commentaire

Actif depuis cinq ans dans ce vénérable établissement, le Pantographe craint fortement qu’avec le rachat de l’ancienne usine par le musée, l’arrêt de mort du lieu culturel soit signifié. Ses responsables souhaitent la cohabitation, car ils y ont investi beaucoup d’énergie, de travail et de cœur. Recommencer à zéro ailleurs serait inconcevable, même avec des conditions de gratuité semblables à celles rencontrées jusqu’à présent. Blocage, amertume, dégoût. On comprend aussi les responsables du musée qui vont parachever l’œuvre d’une vie commencée par feu Roger Hayoz. Le site, riche en histoire industrielle a sa place dans ces locaux au fier passé et proche du SIAMS.

Ne reste plus alors aux autorités que d’éviter que l’affaire ne s’enlise, autorités qui préféreraient jouer la carte de la diplomatie plutôt que celle d’arbitre. Mais pour l’instant, les positions sont bloquées de part et d’autres, par des exigences incompatibles, et gageons, de manière simpliste, que c’est le musée qui gagnera la partie: il sera subventionné alors que les «cultureux» n’auront pas les moyens lutter. C’est le pognon qui sera récolté auprès de plusieurs fondations qui fera la loi. Une page culturelle se tournera à Moutier pour faire place à l’histoire.


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