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J'ai pas campris!
L’Etat islamique en Irak et au Levant

Si tu prends ton auto maintenant à Moutier, que tu traverses la Suisse, le nord de l’Italie, quelques pays balkaniques, puis la Grèce et la Turquie, saches qu’en moins de deux jours de route tu arriverais vers Alep en Syrie et tu commencerais à croiser quelques-uns de ces putains de tarés de l’EIIL (État islamique en Irak et au Levant – qui s’appelle désormais simplement «État islamique») qui, depuis le 29 juin dernier, ont proclamé un califat (théocratie islamique) sur une grande partie du territoire de la Syrie et de l’Irak, et qui, en meuglant «Allahu akbar», crucifient et coupent joyeusement les têtes de ceux qui ne pensent ou ne sont pas comme eux. Si toi aussi tu te rends compte qu’il n’y a que 40 heures de voiture qui séparent ta situation de vie tranquille à ce beau bordel, et que tu te poses quelques questions sur ce qui se passe là-bas – qui est qui, qui veut quoi, etc. –, alors lis ces quelques lignes, le P’tit Ju va tenter de faire un peu de lumière sur le sujet.

Par MPV, le - Ed. 29

Combien sont les djihadistes de l’EI?

Selon l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme, plus de 50’000 et dont 20’000 ne sont pas originaires de Syrie et d’Irak. La majeure partie de ces 20’000 (79 nationalités différentes) viennent d’autres pays moyen-orientaux et des pays du Maghreb, mais une forte minorité vient… d’Europe (quelques 3000). Qu’ils soient des islamistes d’origine immigrée ou des convertis, l’EI compte dans ses rangs, en effet, au moins 3000 citoyens européens (surtout Français, Britanniques et Belges). Ils pourront donc rentrer par chez nous en toute légalité. Et il faut savoir que chaque jour de belles brochettes de fanatiques rejoignent l’EI en quantité, et ce, de manière exponentielle (plus de 6000 nouveaux combattants rien qu’en juillet 2014).

Leur objectif

Contrairement aux autres groupes islamistes (Al-Nosra, Al-Qaïda,…), l’EI a réussi, par la force, à créer un État (évidemment non reconnu par la communauté internationale). C’est un État qui ne reconnait pas les frontières: il désire s’étendre autant que faire se peut. Son mode d’existence  est une théocratie islamique, régie par les lois islamiques, communément nommées «charia». Le Coran cite la «charia» comme étant la voie à suivre pour les musulmans, la voie vers Dieu. La charia est donc considérée comme l’application de la volonté divine sur Terre. Cela étant, l’ensemble des actes perpétrés par l’EI sont, pour les djihadistes, le prolongement de la volonté de Dieu. Toute réflexion et toute discussion est dès lors impossible avec ces derniers: rien ne leur est impossible, ces combattants de Dieu étant les garants de ce qui doit être fait ici-bas. Et vous l’aurez compris par un regard bref sur l’actualité, la «charia» ne s’applique pas par les moyens les plus doux, mais par la force des couteaux bien aiguisés, des AK-47 et des chars de combat: par la terreur. En tant qu’adorateurs de la mort, décapiter, crucifier ou vendre en esclavage ceux qui ne veulent pas se convertir ou payer une taxe de non-musulman, semble être une promenade du dimanche. Les mass media nous disent à propos des minorités religieuses qui viv(ai)ent sur le territoire de l’EI que les islamistes donnent quatre choix à ces «hérétiques»: se convertir, payer la taxe de non-musulman, partir ou mourir. La belle affaire! 

Responsabilité «occidentale»…

Pour de faux motifs idéologiques médiatisés tels que la démocratie et les droits de l’homme, et pour de réels motifs géostratégiques et énergétiques non-médiatisés, l’interventionnisme étasunien est une des clefs de la compréhension du désordre moyen-oriental actuel. Un interventionnisme également suivi caninement par le Canada, l’Angleterre, la France, et par certains pays de l’Europe de l’Est qui semblent désespérément avoir besoin d’un nouveau « grand frère ». Appelons cet ensemble qui dure depuis au moins 30 ans: l’interventionnisme atlantiste. Les anciens États autoritaires (la Syrie – qui, heureusement, résiste – de Bachar el-Assad, l’Irak de Saddam Hussein, mais aussi la Lybie de Kadhafi) avaient certes des défauts notoires (à nos yeux qui ignorent la complexité moyen-orientale), mais nous oublions trop souvent soit qu’ils étaient laïcs et socialistes, soit qu’ils protégeaient les minorités religieuses. Force est de constater que l’intérêt des peuples de ces régions n’intéressent nullement nos atlantistes: ce qu’ils désirent, c’est le potentiel fric à se faire, l’or noir surtout (dans l’OCDE, les transports dépendent à 98% du pétrole) et le chaos aussi, autant pour servir leurs intérêts que pour desservir ceux des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) car ceux-ci s’émancipent – ou du moins veulent s’émanciper – de la suprématie du dollar américain comme monnaie internationale de transactions et de réserve. Comprenne qui pourra.

Le chaos engendré par cet interventionnisme mal placé a permis l’expansion des groupuscules djihadistes – qui n’ont, soit dit en passant, pas attendu l’arrivée de l’Homme Blanc pour exister – de deux manières:

1. Involontairement: les anciens États autoritaires tenaient ces extrémistes en laisse, les contrôlaient et les empêchaient de dépasser un stade anecdotique. La destitution de ces gouvernements a donc permis aux djihadistes, seules entités en place un tant soit peu organisées, de s’affirmer et d’étendre leur influence. C’est peut-être ces systèmes forts (certes autocratiques) qu’il fallait à ces pays à majorité musulmane et à fortes minorités religieuses.

2. Volontairement: par des aides matérielles, financières et militaires. En ce qui concerne l’EI, à ses débuts du moins, elle a sans aucun doute bénéficié de ces soutiens par les États du Golfe (Qatar, Arabie Saoudite), ainsi que par de nombreuses sources privées. Aujourd’hui, les experts estiment qu’elle est quasiment autosuffisante et autofinancée  (taxes d’État, pillages, vente de pétrole, etc.). Aussi, souvenez-vous (http://lepetitjurassien.ch/article/siri-y-spasse-quoi-en-syrie/), la rébellion «démocratique» syrienne est formée d’une bonne moitié de djihadistes. Il se trouve que cette rébellion a été soutenue sans équivoque (aide matérielle, financière et entrainement militaire) par nos précités atlantistes. N’est-ce pas un infâme gag quand on sait aujourd’hui que la plupart ont rallié l’EI?

Certes, toutes ces influences extérieures depuis plus de 30 ans sont une des causes du chaos moyen-oriental, qui a permis l’expansion de ces groupes extrémistes. Toutefois, la responsabilité personnelle entre tout autant en compte, si ce n’est davantage.

… et responsabilité personnelle

Notre ethno-masochisme coutumier (repentance hypocrite et éternelle de l’Homme Blanc) voudrait que l’on ne voit et souligne que la responsabilité «occidentale». Or, deux choses sont à prendre en considération:

1. Est-ce que les peuples des pays interventionnistes veulent vraiment que leurs gouvernements s’immiscent agressivement dans des pays lointains pour des raisons obscures? Non. Et évidemment, ces peuples occidentaux ne sont jamais consultés sur ce genre de questions, ne vivant que dans des fausses démocraties (nous pouvons être fiers d’être le seul pays au monde à avoir une véritable démocratie!). Car, à part aux États-Unis où le sujet est assez clairement abordé, les politiciens ne mettent jamais en avant leur interventionnisme latent. Pourtant, ce sont les peuples occidentaux au quotidien qui paient le prix de l’irresponsabilité des atlantistes (immigration extra-européenne massive, haine de l’Occident, insécurité, etc.).

2. La barbarie – on ne le dit jamais – perpétrée sur le terrain est celle des autochtones à l’encontre de leurs propres frères. Car même si un étranger fout la merde dans ton pays, on ne comprend pas en quoi cela légitime le fait que tu t’en prennes aux tiens. Au bout du compte, celui qui est capable de décapiter un chrétien parce qu’il est chrétien, celui qui est capable de crucifier un opposant parce qu’il est opposant, c’est le djihadiste; c’est la folie de l’islamisme qui permet ça. C’est la folie de cet islamisme qui fait que les 100’000 chrétiens que comptait Mossoul et sa région ont du fuir pour leur vie, après que l’EI se soit emparé de la ville. Aux chrétiens qui n’ont pas pu fuir, les djihadistes ont fait inscrire sur leur porte le « N » de Nassarah – nom pour désigner les chrétiens dans le Coran -, ce qui n’est pas sans nous rappeler une certaine étoile que des gens ont du arborer durant la Seconde Guerre Mondiale. Et tout cela, c’est sans compter les 400’000 chrétiens de tout l’Irak qui ont déserté le pays depuis la chute de Saddam Hussein.

Islam: religion de paix et/ou religion de guerre?

L’intégrisme islamique n’en est pas à son coup d’essai. Contrairement à ce que certains pourraient penser, ce n’est pas une création de l’Occident, mais bel et bien une émanation de l’Islam. La bien-pensance voudrait que l’on croit que le djihad et la charia sont des phénomènes anti-Islam. Mais est-ce vrai? Ces combattants de Dieu ne suivent-ils pas simplement à la lettre leurs textes sacrés? Si oui, peut-on dès lors les qualifier de criminels et de terroristes? Des questions se posent. Tous les jours, on nous dit que l’islam est une religion de paix, et tous les jours, on nous montre que l’islam est une religion de guerre ; quelque chose cloche. Si, certes, le Coran contient de nombreux messages de paix et d’amour du prochain, il en contient également de nombreux, terribles, de guerre et de violence. Au nom des valeurs de tolérance et des droits de l’homme, l’Europe a fermé les yeux sur ces derniers, et quand elle les ouvre, ce n’est que pour regarder la société au travers d’un prisme idéologique ou se cacher dans l’ignorance. À tel point que la simple critique, raisonnée, de l’Islam, en tant que religion en Europe en particulier, vous fait passer pour un islamophobe, un raciste ou évoque soit la pleurnicherie, soit l’agressivité. Il est temps d’ouvrir les yeux sur certaines réalités de l’Islam, de cesser de se pétrir d’idéologie et d’entamer sérieusement et librement les discussions, dans le calme. Nous aborderons quelques-unes de ces questions dans un prochain article, avec une interview exclusive et quelques anecdotes croustillantes.

Suppléments:

Le lecteur intéressé par davantage de détails sur l’État Islamique trouvera sûrement satisfaction

1. avec cette entrevue-vidéo dans laquelle Jean-Michel Vernochet résume très bien les enjeux qui s’y déroulent: http://www.dailymotion.com/video/x24nec7_jean-michel-vernochet-sur-l-etat-islamique_webcam?start=1012

2. ce reportage de VICE NEWS au cœur de l’action:
https://www.youtube.com/watch?v=AUjHb4C7b94

3. ces articles sur les financements de l’EI:
http://fortune.fdesouche.com/353063-etat-islamique-dou-vient-largent
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tat_islamique_%28organisation%29#Financement_et_soutiens


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