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Rat de bibliothèque
Le chien gardien d’étoiles – Takashi Murakami

Pour certains, le week-end prochain sera chocolaté et champêtre, pour d’autres, un tant soit peu japonisé ou japonisant, c’est selon. Voici venue la 11e édition de Polymanga qui, je l’avoue, m’a légèrement orientée vers la lecture que je vous propose en ce mois d’avril. N’étant que peu amatrice de manga, je me suis basée sur des critères aussi réducteurs qu’une couverture et un titre de livre peuvent parfois l’être. Voici votre surprise de Pâques.

Par GIN, le - Ed. 35

Titre original: Hoshi Mamoru Inu – 星守る犬 – publié en France en 2011 – 126 p.

Une vie de chien

En prélude, un lumineux paysage nippon où croupit une voiture rongée par les éléments. A son bord, le corps d’un homme et à ses pieds, celui d’un chien dont la mort semble bien plus récente…

Retour au jour où la petite Miku rentre à la maison avec dans ses bras une bouille joviale, celle d’un chiot blanc aux yeux rieurs, Happy. L’histoire nous est racontée à travers le regard de ce dernier, avec son lot d’humour canin. Mais les années passent, le quotidien change. La petite fillette innocente et joyeuse qu’était Miku laisse place à une adolescente en pleine crise qui ne se soucie plus guère de son chien. « Papa » perd son emploi, sa femme le quitte et le voilà livré à son sort avec pour seule compagnie, Happy.

Commence alors leur dernière aventure qui, dans cette succession de malheurs, s’annonce plutôt sombre…

Pas de combats, pas d’événements extraordinaires, les problèmes qui tombent sur cet homme sont aussi classiques et banals que lui, et peuvent être le lot de chacun, néanmoins les siens sont rendus supportables par la source de tendresse intarissable qu’est son chien.

« C’est curieux… Je n’ai plus rien et pourtant…Ta seule présence… Suffit à me rendre heureux!“

Une seconde partie plus brève, Tournesols, met en scène Okutsu, assistant social, dont l’une des fonctions est d’organiser les funérailles des personnes non identifiées. Il prendra en charge le dossier de Happy et Papa qui visiblement a pris soin, dans sa détresse, de garder l’anonymat. Touché par les circonstances de leur mort, il va tout faire pour retracer l’histoire de cet homme et son fidèle compagnon, tout en se rappelant à ses propres souvenirs.

Quelle plume remercier?

Takashi Murakami (à ne pas confondre avec l’artiste éponyme!), mangaka âgé de 49 ans natif d’Osaka, écrit et illustre des mangas depuis l’âge de 20 ans. Le chien gardien d’étoiles, classé «drame social»est son premier roman graphique ainsi que sa première publication française. Ce manga, au format moins conventionnel, se lit dans le sens d’origine, c’est-à-dire de droite à gauche et se veut plus sobre et réaliste au contraire du style traditionnel qui tend vers l’exagération de l’expression des émotions, si chère à nos amis nippons.

L’auteur, qui lui-même possède un chien, ne se cache pas de s’être inspiré de l’histoire d’Hachikō, le fameux chien Akita Inu, qui n’a cessé d’aller attendre son maître à la gare bien après la mort soudaine de ce dernier, et ce jusqu’à sa propre fin.

Au Japon, ce titre est un best-seller récompensé à plusieurs reprises et adapté au cinéma en 2011. Un deuxième volume, intitulé Le chien gardien d’étoiles: Enfances est sorti en 2014. On y apprend que la boîte d’où est sorti Happy, abritait un deuxième chiot, qui connaîtra un destin tout autant éblouissant. Plusieurs histoires s’y croisent mettant un point d’honneur à rendre hommage au meilleur ami de l’homme. Ce deuxième tome vaut tout autant, voire plus, le détour.

A vos mouchoirs

Ce conte contemporain souligne l’amour indéfectible d’un chien pour son maître, fidèle au-delà de la mort; mais il dénonce aussi l’anonymat effrayant dans lequel notre mode de vie plonge les individus, les difficultés que rencontrent les générations précédentes à s’adapter aux changements incessants de la société. Une famille qui éclate, un enfant délaissé par sa mère, une vieille dame obstinée planifiant sa mort,… Tant d’obscures réalités qui, suite à une rencontre fortuite avec un chien, se présentent plus douces. Une généreuse postface de l’auteur apporte quelques précisions à l’ouvrage. Certains noms et événements choisis sont lourds de symboles, alors que le manga en soi se présente sous des dehors très simples, il se trouve qu’il suffit de peu pour générer de bien complexes émotions. Et si en plus, vous lisez ce manga, votre Pollux sur les genoux, il n’est pas impossible que quelques larmes coulent sur son chaud pelage.

Bonne lecture!


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