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Portrait
Et le créateur créa Crea

A l’heure où tout le monde photographie et flashe à tout va, souvenons-nous qu’il existe encore et toujours dans ce domaine, des professionnels qui ont fait leur métier de cet art devenu si populaire. S’ils ont accusé le coup commercialement avec la vulgarisation de la prise de vue que tout un chacun pratique depuis l’apparition du numérique, ils n’en restent pas moins de véritables spécialistes. A Moutier, il subsiste encore un des derniers mousquetaires avec pignon sur rue dans ce domaine: Aldo Crea. Portrait d’un passionné.

Par Cégé, le - Ed. 20

Un peu d’histoire

Nombreux sont ceux qui ont participé à l’élaboration de la photographie. Faire une liste exhaustive de leurs noms n’aurait guère d’intérêt. Souvenons-nous simplement que l’honneur de la première photographie revient au français Nicéphore Niepce, qui, en 1824 produit une photographie d’un paysage, via une chambre noire de type sténopé (boîte noire avec un trou, sans objectif et sans diaphragme). Il la réalise avec un temps de pose qui est alors de l’ordre de 5 jours, sur une plaque recouverte d’une émulsion dite de bitume de Judée. C’est ensuite Jaques Daguerre, avec qui il s’est associé, qui poursuivit le développement technique et qui présente, en 1839, le premier appareil de photo, en réduisant le temps de pose à une demi-heure. Ce daguerréotype, son nom, sera vendu plus d’un demi-million d’euros!

Né de la rencontre de l’optique et de la chimie, la technique ne cessera jamais d’être perfectionnée et devient un art qui fait irruption dans la vie quotidienne. En 1888, apparition du premier appareil simplifié qui met la photo à la portée de tous, le kodak, avec l’émergence du rouleau de pellicule qui remplace les plaques sensibles. Il faudra attendre 1935 et le procédé kodachrome pour avoir la magie de la photo en couleur; le cinéma met au point le technicolor, qui donne une nouvelle dimension aux westerns et dessins animés produits à Hollywood. Voilà brièvement pour le passé. Le présent, chacun le connaît, puisqu’on mitraille à tour de bras avec des téléphones portables, appareils compacts, bridge ou reflex qui calculent en quelques fractions de secondes les mises au point, temps de pose ou vitesse d’obturation. Clic-clac, merci qui?

Trois générations de photographes

C’est dans les années vingt du siècle passé que la famille Crea arrive en force en Suisse. Toute une smala de frères, de cousins, d’oncles et tutti quanti quitte sa Calabre natale pour venir percer le tunnel du Simplon. Puis le grand père d’Aldo s’installe à Granges où il ouvre un commerce de coiffure et de photo, commerce que l’on retrouvera à Moutier, dès que le tunnel Moutier-Granges sera percé, soit en 1928. Les fils reprennent ensuite le flambeau: Nicola, père d’Aldo, reprend la coiffure, et César, son oncle la photo. Ce dernier se destinait tout de même à une autre carrière, puisqu’il fit le conservatoire de Bâle, section violon. Mais des problèmes de santé le renvoyèrent derrière ses objectifs et dans son labo pour une bonne trentaine d’années. Il quitte les siens en 1984, et Aldo assure la pérennité de l’entreprise, représentant la 3e génération de photographes.

Plus personnellement, il a réalisé son rêve d’enfant en devenant pilote, mais il a lui aussi des problèmes de santé qui le contraignent à abandonner après 2 ans. Sa fibre familiale en fait encore le président de la Casa d’Italia.

Dûment formé

Chez les Crea, on ne laisse rien au hasard. C’est ainsi qu’Aldo (ne trouvez-vous pas qu’il ressemble à Adamo?) fait son école de photographe et en parallèle une école d’art avec cours à Vevey et Lausanne. Ce jeune retraité, époux d’Edith (une petite Vogt de la Montagne de Moutier) sait donc de quoi il s’agit quand on parle de photo. Mais l’émergence du numérique a bien changé les données. Pour beaucoup de professionnels, les photos d’identité représentaient une partie de leur chiffre d’affaire, mais l’état les en a privés. Aldo, lui, continue d’en faire, mais seulement pour les papiers ou permis de conduire de l’étranger. Exit aussi la vente de matériel photo, discounteurs oblige, et tout ce qui touche à la photo couleur d’avant, avec la disparition de nombreux labos.

Il reste un excellent spécialiste

Aldo Crea doit donc s’adapter aux nouvelles techniques et il a su parfaitement prendre le virage du tout numérique. Mais il reste tout de même un artisan qui travaille toujours la photo argentique pour laquelle il est toujours équipé, le noir et blanc, la photo de studio et industrielle, le portrait, le reportage, (il ne fait plus de photos de mariage), etc. Il propose encore des tirages numériques qu’il peut livrer dans l’heure, tire lui-même des agrandissements jusqu’au format grand poster, fait des montages pour amateurs et professionnels, prises de vue techniques et bien d’autres choses encore que le dilettante ne connaît pas. Si tout le monde est un peu photographe, le pro qu’est Aldo Crea reste sans conteste un maître en la matière.
 

STUDIO CREA
Photographe
Rue du Moulin 4
2740 Moutier
T 032 493 12 07


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