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La Caricature du mois
L’intolérant

Le 9 février dernier, un suisse sur deux a accepté l'initiative UDC pour imposer des quotas sur l'immigration. Mais la Suisse, est-elle vraiment cet îlot d'intolérance que tout le monde critique, dans une Europe apparemment ouvert à tout, et surtout à tous? Pour amener un élément de réponse, Le Petit Jurassien s’est simplement amusé à dresser un tableau des «types d’intolérants» qu’on retrouve par chez nous. Vous en connaissez sûrement un vous aussi!

Par LDP, le - Ed. 25

Définition

Intolérance: n.f. (du latin tolerare, supporter) défaut de tolérance, haine, violence, contre ceux avec lesquels on diffère d’opinion.

Celui «de base»

L’intolérant de base n’est pas une personne foncièrement mauvaise. D’ailleurs on pourrait même se risquer à dire qu’il représente une grande partie de la population mondiale. Il n’est pas fermé à la différence qu’elle soit d’opinion, religieuse, ethnique ou même culturelle, dans la mesure où on lui «casse pas les noix» et qu’on ne lui empêche pas d’avoir les siennes.

C’est le genre de personne qui va dire: «Les étrangers ne me dérangent pas du moment qu’ils restent chez eux… Et s’il faut qu’ils viennent chez nous, ben qu’ils bossent, qu’ils ferment leur gueule et qu’ils ne fassent pas trop de bruit ou d’odeurs!»

Celui «engagé»

L’intolérant engagé ne supporte que ce qu’il a lui-même choisi de supporter. Il gère sa vie d’une main de fer et dresse une liste précise de points tout aussi précis qui regroupent l’intégrale des choses et des personnes qui ont le droit de partager son existence. Il pourra par exemple tolérer un chat ou un chien, mais pas de hamster ou de lapin, ce alors qu’aucune raison valable ou logique ne viendrait infirmer ou confirmer ce choix irrévocable! Sa vie se résume à un univers parfaitement connu et maîtrisé en tous points. D’ailleurs, l’intolérant engagé va développer une énergie monstrueuse pour que surtout, jamais rien ne change et qu’il ne soit ainsi jamais confronté au moindre inconnu ou à la moindre nouveauté.

C’est le genre de personne qui va dire: «C’est comme ça… y a même pas à discuter».

Celui «extrémiste»

L’intolérant extrémiste est un Ayatollah de l’intolérance! Tout est prétexte à râler, critiquer, pester, grogner, bougonner, grognasser, que ce soit sous sa fenêtre ou à des milliers de kilomètres. L’intolérant n’aime rien ni personne, toutes religions, origines et cultures confondues. C’est un peu comme si tout ce qui arrivait de bien ou mal sur cette terre allait avoir une incidence négative directe sur sa propre vie!

C’est le genre de personne qui va dire: «J’aime pas les noirs, j’aime pas les blancs, j’aime pas les bateaux, j’aime pas les bouées, j’aime pas les vagues, j’aime pas les doutes, j’aime pas la glace, j’aime pas le chaud, j’aime pas le froid, j’aime pas le tiède, j’aime pas les températures, j’aime pas les fêtes, j’aime pas les rires, j’aime pas le bruit, j’aime pas le calme, j’aime pas la nature, j’aime pas la ville, j’aime pas les morts, j’aime pas les animaux j’aime pas les frites, j’aime pas les maigres, j’aime pas les gros, j’aime pas carnaval, j’aime pas l’alcool, j’aime pas l’eau, j’aime même pas râler…».

Il paraitrait même que dans certains cas très rares, quelques extrémistes développent même des intolérances graves à des aliments tels que l’intolérance aux produits laitiers, celle au gluten ou encore aux arachides! De vrais malades!

Celui «imbu de lui-même»

L’intolérant imbu de sa personne n’est pas méchant…C’est juste un con! Il ne tolère pas les autres parce qu’ils sont nettement plus mauvais que lui en tout. Pourquoi s’infliger la présence de personnes aussi affligeantes dans sa vie alors qu’il se suffit amplement à lui-même? Ce n’est pas vraiment qu’il ne tolère pas autrui, c’est juste qu’il ne tolère pas leur médiocrité!

C’est le genre de personne qui va dire: «J’aimerais avoir quelqu’un d’aussi intelligent que moi pour converser… ce serait plus intéressant qu’avec toi…»

Celui «à l’inverse»

Ce tableau ne serait pas complet sans le parfait opposé de l’intolérant: le super-tolérant! Celui qui dit oui à tout et à tout le monde, qui s’imprègne, s’inspire de chaque personne, religion, ethnie et culture rencontrées! Quelques fois même au risque de perdre soi-même, mais tant pis! Celui «à l’inverse» est un éternel Candide, assoiffé de nouveautés en permanence et qui ne rate jamais une occasion de se mélanger à tout ce qui peut être différent de lui. A tel point que l’on peut parfois se demander si c’est juste par charité d’âme et par curiosité de l’autre ou si c’est juste histoire de se prémunir d’avoir à vivre un jour l’effroi d’être traité d’intolérant.

Sauf que parfois la personne en face n’est pas ampli d’autant de bonnes intentions que celui «à l’inverse». Et il peut arriver qu’au-delà de la curiosité, l’interlocuteur du super-tolérant voit plutôt l’occasion de profiter du côté naïf et innocent qui se trahit par cette petite flamme qui s’allume au coin de son œil à chaque fois que la différence et l’inconnu viennent frapper à sa porte.

Du coup, c’est le genre de personne qui va dire: «Eh mec tu peux pas me loger à durée indéterminé stp… j’ai prêté mon appart à 20 réfugiés cambodgiens sans papiers…»

Le bon côté des choses

Si voir le bon côté des choses en toutes circonstances feraient plutôt partie des traits de caractères de la personne tolérante et ouverte sur le monde, pour une fois amusons-nous à prêter cette caractéristique à celui qui ne tolère rien! Car oui, être intolérant, cela a de bons côtés aussi.

Avant toutes choses, être intolérant, c’est déjà la preuve qu’on a une opinion propre, puisque par définition, être intolérant, c’est ne pas accepter les opinions qui diffèrent des nôtres. C’est bien la preuve qu’on en a et rien que ça c’est déjà pas si mal. D’ailleurs, tout le monde ne peut pas en dire autant.

De plus, se montrer intolérant envers autrui c’est aussi lui montrer une certaine forme de respect, tout du moins d’honnêteté. L’intolérant n’est pas hypocrite, il ne se gêne pas de dire: «vous m’indifférez, je ne vous porte pas assez de considération ou d’intérêt pour perdre cinq minutes à parler avec vous…». Au moins cela a le mérite d’être vrai!

Et puis surtout, l’intolérant ne change pas… c’est une valeur sûr dans un monde en constante évolution, en éternel mouvement. L’intolérant est comme l’Etoile polaire: un point fixe dans un océan de changement, qui nous indique toujours et ce quoi qu’il arrive, la direction à suivre, ou à fuir c’est selon.

Pour conclure je dirais qu’il n’existe pas réellement «d’intolérance zéro» alors ne soyons pas trop prompt à juger nos semblables en les classant par ordre de préférence selon qu’il tolère plus ou moins bien les autres. Chacun à sa limite. C’est comme pour les odeurs de pieds!

Et puis ne pas tolérer l’intolérance, c’est déjà de l’intolérance en soi non?

Donc que celui qui se croît au-dessus des autres grâce à son infinie ouverture d’esprit, ou sa capacité à comprendre ses semblables, se méfie… Il semblerait qu’on devienne plus vite intolérant que ce que l’on croit!

Finalement, le plus intolérant de tous c’est peut-être celui qui ne pense pas l’être.


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