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Ripailles ajoulotes
Gargantuesquement vôtre – les ripailles de la Saint-Martin

Tout bon petit Jurassien a eu l’occasion une fois dans sa vie de manger du boudin bien gras. Mais avoir fait la Saint-Martin, dont le boudin est un des mets les plus connu, c’est moins sûr. Cette fête ajoulote séculaire, désormais appréciée hors de ses frontières jurassiennes, était à l’origine l’occasion de célébrer gargantuesquement la fin des travaux agricoles de l’année, avant la saison froide. À l’instar de l’ours faisant ses réserves avant d’hiberner, le gueux du coin devait bien se remplir la rondelle de quelques graisses de porc pour tenir l’hiver. Aujourd’hui encore, la tradition se perpétue et étend toujours davantage sa popularité: des gens viennent de loin pour s’engorger la panse de ces vastes pitances. Mais faire la Saint-Martin ou son revirat, ce n’est pas simplement manger successivement une dizaine de plats, c’est aussi participer à une ambiance toute particulière. Un rédacteur du Petit Jurassien s’est immiscé dans l’une de ses fêtes pour tenter de vous transcrire cette expérience intestinale hors du temps. C’était le 11 novembre à Grandfontaine en Ajoie, à l’Auberge de l’Aigle. Et puisque dans le cochon, tout est bon, on vous souhaite bon appétit, bon voyage, et bon courage aussi!

Par MPV, le - Ed.

Composition du menu

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Les promesses sont faites. Les plus Marseillais des Jurassiens disent que les «vraies» Saint-Martin se composent de treize ou quatorze plats, mais quand on demande, tout le monde y va de sa petite suggestion. On finit vite par se rendre compte que personne ne sait vraiment. Pour ce soir du moins, les couleurs sont annoncées: 5 plats pour les petits ziquets et 7 pour ceux qui en ont dans le pantalon.

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3, 2, 1, c’est parti!

À 21h, après 1h30 d’attente, où la tension atteint son comble par le claquement acharné des fourchettes et des couteaux sur les tables par une centaine de personnes et sûrement aussi aidée par la vinasse qui coule dans un gosier vide, on reçoit enfin la gelée de ménage tout à fait ragoûtante. Les babines humectées, la populace enfourche cet aspic viandeux et s’en délecte assez rapidement. Les hostilités sont déclarées.

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Du sang, du boudin, on n’a pas payé pour rien!

À 22h, un plat dont on chante les louanges loin à la ronde, le mystérieux boudin à la crème, ainsi que ses röstis, sa salade de racines rouges et sa compote de pommes, sont servis après une attente affamée… et de plus en plus bruyante, à mesure que les dents et la langue se tachent d’une lueur violâtre.

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Atriaux et salade verte

Même si une seule bouchée de chaque plat suffirait à remplir l’estomac d’un adulte, le but ce soir est certes de se délecter d’une nourriture foisonnante, mais il est surtout de s’empiffrer autant que faire se peut afin, je le rappelle, de constituer des réserves bedonnantes pour l’hiver. Donc, après l’immense saucisse de sang goûteuse aux origines antiques, viennent, à 23h, les atriaux, sorte de méli-mélo de viande et de foie hachés, accompagnés de salade verte pour nettoyer un peu le tout.

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La tuyauterie est bouchée

Entre les plats, sur des rythmes endiablés de Marco et ses claviers, les gens entament des danses quasi tribales pour faire passer la cargaison d’un étage à l’autre. Les moins physiques dépensent plutôt leur énergie cérébrale en faisant des pendus sur les nappes… et en buvant. D’autres encore, sortent du bistrot pour se griller une clope et se geler les pattes à l’air frais de la nuit; et là, tranquilles, alors qu’ils croient leur digestion aller ainsi bon train, certains se font subrepticement malmener par des défenseurs des animaux qui guettaient là et qui tentent de leur expliquer que tout n’est pas bon dans le cochon. Troll, quand tu nous tiens!

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Mais aussi, et non des moindre, un remède magique arrive vers 23h30. Un entremet qui « fait droit du bien de Djou », entend-on un peu partout: le sorbet ajoulot! Cette sucrerie a l’avantage de rafraîchir et de donner un regain d’énergie, notamment aux plus téméraires qui continuent. Car pour les demi-portions, c’est la pause; il faut attendre que les gloutons soient servis de choucroute garnie et éventuellement de rôti avant de recevoir le 5ème et dernier plat du demi-menu, le totché.

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La voilà qui arrive enfin, la choucroute!

Après 3 heures d’attablement, les grands mangeurs arrivent gentiment à satiété et peuvent commencer à négocier les plats suivants pour le plaisir. Vers minuit, la bonne vieille choucroute garnie arrive. On a facilement perdu les deux tiers de la salle qui a déclaré forfait après le sorbet ajoulot. À ce moment-là, j’eus bien envie de pousser un bon gros « Guete! » qui eut été de circonstance. Cependant, étant en terres jurassiennes, j’ai du raison garder, ne voulant pas que mon groin finisse dans la choucroute. J’ai préféré suivre la tradition de certains qui levaient au ciel leurs patates pour les bénir avant de les engloutir. Bon appétit, donc!

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L’avant-dernier et le dernier qu’on fourre difficilement

L’orgueil, l’esprit viril, la politesse de manger tout ce qu’on nous sert, appelez-ça comme vous voulez, mais c’est un de ces sentiments-là qui permet d’entamer et finir le rôti et ses nouilles au beurre, ainsi que le totché qui suit. Servis à 00h50 et à 01h15, ils mettent doucement un terme à la bataille pantagruélique que l’homme mène avec lui-même lors de la Saint-Gras.

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Bref, tout ça fut vachement bon, mais tout ça fut vachement porc. Et il faut du temps pour s’en remettre. Au moins un hiver. Allez, tchao, bon’app, à c’t’apre!


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COMTE JEAN-LOYS dit :

Bonjour,

Est-il possible d’utiliser une photo de votre revue (les ripailles de st-martin) au format 52 x 52 mm, pour la création d’un mémory pour enfants dont le thème est le canton du Jura et ses particularités, jeu qui sera créé par des élèves de l’école de commerce de Porrentruy dans le cadre de leur pratique professionnelle? Je n’ai pas trouvé de meilleure illustration de la St-Martin sous forme de photo

MPV dit :

Bonjour Jean-Loys,

Oui, faites seulement. Elle n’appartient pas au Petit Jurassien, illustration trouvée sur google.

Bonne journée

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