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Bouge ta carcasse en rythme
Franz Ferdinand & Sparks

La rentrée c'est de la merde, blablabli blablabla. Chaque année le Ptit Ju balance cette immonde évidence, cet incurable problème, espérant secrètement que la lecture qu'il propose saura accompagner la routine de la rentrée d'une esquisse de sourire. Pour décupler cet effet, on vous propose ce mois de découvrir l'album de Franz Ferdinand & Sparks (FFS), petit bijou de pop festive et dansante, naïve mais pointue, dont l'écoute devrait vous rappeler les sommets de la braderie tout juste terminée. On espère sincèrement que vous vous agitiez dans votre salon.

Par AP, le - Ed. 38

Sortie: 8 juin 2015
Durée: 63′
Label: Domino Records
Site: www.ffsmusic.com

 

On va pas se mentir, le sigle FFS, qui est à la fois le nom du groupe et le le titre de l’album, n’est pas des plus accrocheurs; c’est même un peu terne, contrairement à la musique qu’ils inventent. Inévitable toutefois, pour éviter la longueur du nom complet Franz Ferdinand & Sparks. FFS est en fait une collaboration entre ces deux groupes, ce que d’autres appellent vaguement un « supergroupe ».

FF pour Franz Ferdinand

Dans le paysage rock indé actuel, et depuis le début des années 2000, Franz Ferdinand (le groupe, pas le personnage) est certainement un nom qui dira quelque chose aux aficionados de pop-rock énergique. Les membres du combo écossais, basé à Glasgow, ont tous joué et tourné avec différents groupes écossais avant de se réunir en 2002 pour former ce groupe. Leur premier single, Darts of Pleasure, sortira une année plus tard, et le titre, comme un cupidon du rock, préfigurera de bien des manières les futures productions enjouées et festives des Glaswegiens, portées par des tempos plutôt rapides, des riffs anguleux, et le timbre profond et singulier du chanteur Alex Kapranos. Ils sortent leur premier album éponyme Franz Ferdinand en 2004, qui leur apportera rapidement un succès et un retentissement international. Certains titres s’imposent comme indispensables; Take Me Out, 40′ ou Michael fileraient la patate à un cimetière entier. Un deuxième album à la production similaire, You Could Have It So Much Better, suit très vite en 2005, puis un troisième, Tonight: Franz Ferdinand, en 2009, plutôt lui un concept-album dance qui va chercher certaines de ses sonorités dans la new-wave ou l’electropop, utilisant de nombreux synthétiseurs. Leur dernier album en date Right Thoughts, Right Words, Right Actions est sorti à l’été 2013, et est plus proche de leurs premiers enregistrements.

S pour Sparks

A l’opposé, le groupe Sparks est certainement moins évocateur à la génération 2000. Le duo américain, formé initialement par les frères Russell (chant) et Ron (claviers) Mael à la fin des années 1960, originaire de Los Angeles, est connu pour ses compositions excentriques et sa théâtralité scénique, émergeant du contraste étonnant entre l’irréfrénable bougeotte et la voix de falsetto de Russell, et le stoïcisme nonchalant de Ron aux claviers, dont la moustache rivalise sans doute avec celle de Freddie Mercury au panthéon de la pilosité. Depuis 1971, le groupe compte plus d’une vingtaine d’enregistrements, variant souvent assez radicalement d’une production à une autre. Au fil des années, les frères Russell enchaînent les labels et les producteurs. Bien que les sonorités soient toujours basées sur la voix haute et maîtrisée de Russell et les claviers de Ron, Sparks voguent entre new-wave, glam rock et disco. Malgré certaines productions plutôt kitch (et c’est parfois peu dire, tentez d’écouter les albums N°1 In Heaven (1979) et Terminal Hive (1980) produits par Giorgio Moroder), les frères Mael ont donné lieu à bons albums, pour qui sait faire face à l’excentricité prégnante; on citera notamment leur troisième album Kimono My House, enregistré à Londres en 1974.

FFS: album hybride

De premier abord, rien ne semble donc connecter les deux groupes, séparés par une, voire deux générations, et d’innombrables courants; mais les deux formations ne cachent pas l’intérêt qu’elles se portent mutuellement. Un premier contact a lieu au milieu des années 2000, qui laissera quelques démos tomber dans la poussière et dans l’oubli. En 2013, une nouvelle rencontre au festival de Coachella fait bouger les choses pour de bon, et tous se retrouvent pour une session d’enregistrement à la fin 2014, laquelle a débouché sur cet album. 

Cet album, justement, peut sans autre être qualifié d’hybride: un fils bâtard, illégitime, inattendu, mais dont le charme et la justesse en font un des disques pop les plus jouissifs de cette année (comme Jon Snow mais en moins mielleux). La balance trouvée par Alex Kapranos – principal contributeur dans les compositions du côté Franz Ferdinand –  et les frères Russell a, semble-t-il, cet effet bénéfique, à la fois mutuel et complémentaire, de ne pas tomber trop dans une influence ou dans l’autre; l’apport rock brut de Franz Ferdinand se fait toujours sentir, et permet de ne jamais flirter avec une pop trop gentillette et aseptisée, et à l’inverse, la patte et l’expérience Sparks apporte une finition au poil aux titres définitivement pop. 

L’album n’est pas pour autant une simple moyenne, une simple alchimie entre deux styles et influences, et n’est donc pas monocorde ni redondant. Les compositions sont variées, penchant parfois vers des titres rapides et très dansants, parfois vers des voltiges plus rocks, laissant place ici et là à des morceaux plus enlevés, plus planants, des quasi ballades accouchées par les claviers de Ron Mael.

Dans les morceaux à retenir (s’il faut choisir), on remarquera le titre initial Johnny Delusional, qui d’emblée annonce l’essence de l’album, avec son intro piano/voix (celles de Kapranos et de Russell Mael se mariant à merveille), rattrapée très vite par un refrain entraînant qui vous fera valser sur le tapis. Call Girl ferait presque penser à une pure création Franzferdinienne, si la guitare ne se cachait derrière de lourds effets de synthétiseurs, et des parties aux claviers prépondérantes; il n’empêche, l’effet est toujours aussi efficace sur les jambes, qui se mettent à bouger toutes seules. Little Guy from the Suburbs est justement un de ces intermèdes qui viennent entrecouper les pistes dansantes de moments atmosphériques, à même de vous oxygéner. Avant que votre corps ne suive plus, il faudra souffrir les deux chansons finales, petites perles de pop satyrique: d’abord Collaborations don’t Work, dont les presque 7 minutes viennent soutenir un texte des plus ironiques et absurdes sur les collaborations, qui, il (ne) faut (pas) le croire, ne marchent pas; le meilleur moyen de ne pas se prendre au sérieux. Enfin, Piss Off, qui vient clore l’album en un condensé piano-voix dominant, nous conseille de dégager, tout en rappelant la qualité d’écriture de FFS, dont la plume est aussi un atout.

De la musique pour les jours maussades, les jours de ménage, les dimanches ou les lundis. En fait, quand ça grogne et qu’il faut retrouver la patate. 63 minutes de bonne humeur à se procurer au plus vite!

 

Quelques bonus indispensables:

Site officiel de Fran Ferdinand: www.franzferdinand.com
Site officiel de Sparks: www.allsparks.com


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