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Prévôtois à l'étranger
Un pinceau prévôtois à Paris – Fred-André Holzer

Il a le regard vif et jovial. Il est de ces êtres qui émanent la curiosité, la force et l'intérêt pour le monde qui les entoure. Et sa voix.. sa voix caresse et nous embarque dans son monde teinté de richesses colorées. C'est lui, Fred-André Holzer, "Fredos" pour les intimes, enfant expatrié de la Prévôté depuis 60 ans. Le Petit Jurassien l'a rencontré récemment dans son appartement-atelier à Paris dans lequel il vit avec sa femme Suzon, elle aussi fille de Moutier. Rencontre.

Par MPV, le - Ed. 42

Grandir et apprendre

Cet artiste-peintre en devenir, petit-fils d’André Bechler, est né le 9 novembre 1935 à Moutier. Oui, il vient de fêter ses 80 printemps. Et si son corps porte quelques traces de cet âge avancé, il a à sa faveur une grande présence d’esprit. Loquace, ses yeux regorgent de vie et d’intelligence.

Il fait sa scolarité obligatoire dans sa ville natale puis passe quelques temps en internat au bord du Léman afin d’obtenir sa matu. Suite à cela, il entame des études académiques à l’université de Lausanne (en sciences politiques), mais arrête cette aventure après trois semestres. Car ce qu’il voulait vraiment faire depuis longtemps, c’était dessiner, sculpter et peindre. Depuis longtemps d’ailleurs, il se passionne pour ces arts. Il prend ses premiers cours du soir lors de son escapade lausannoise. Et il s’investira plus à fond encore dans cette passion par la suite. Son ambition: en faire son métier. Il entreprend alors de faire un stage chez Ernst Stocker, alias Coghuf (1905-1976), à Muriaux. Nous sommes en 1954. Il se souvient bien de ses débuts chez son maître: il créchait dans une chambre au café d’en face; l’été était pourri, il avait neigé en août. Il sera l’apprenti du vitrailliste pendant environ une année. Il y apprendra une belle palette de techniques. Il rentrera ensuite en Prévôté pour se marier à Suzon, née Kleiber.

S’en aller à Paris

En 1956, c’est le départ pour la capitale française. «À cette époque» se souvient Fred-André, «on venait automatiquement à Paris pour la peinture». Sa femme, Suzon, qui était également à Paname pour exercer un art, la danse, était déjà là depuis ses 16 ans lorsque son époux arrive. Elle faisait partie de la troupe de Janine Solane et a enseigné par la suite à la Sorbonne; à Moutier, elle avait commencé sa passion avec les cours de Madame Morf (la grand-mère de notre Aurèle national). 

Une fois installé, Fred-André fréquente pendant trois ans l’atelier libre de la Grande Chaumière ainsi que l’atelier de gravure de Monsieur Calevaert-Brun, «un véritable phénomène de vie que ce bonhomme!» Mener une vie d’artiste n’est pas chose aisée dans cette fourmilière des arts et de la culture. Gagner sa croûte, au début notamment, est un véritable parcours du combattant. Il a, certes, un soutien financier de son père pour démarrer son aventure parisienne, mais il lui faut rapidement trouver un moyen de s’en sortir en attendant les premiers succès… qui n’arrivent pas tout de suite. Pour ce faire, il enseignera par périodes de trois mois pendant plusieurs années. «Je n’étais pas un pédagogue très doué» se remémore-t-il avec un sourire malicieux.

Les heures passées à manier le crayon, le pinceau et le mortier commencent à payer environ dix ans après son installation dans la Ville Lumière. Un succès qui est d’abord helvétique. Il s’agit de commandes importantes, de participations à des expositions collectives, mais aussi des expositions personnelles. Voici un échantillon de ce qu’il fait durant ces années-là:

  • Expositions en 1967 à Bienne et à Moutier
  • Exposition en 1969 à Porrentruy
  • Commande en 1970 de la peinture murale de la façade sud de l’usine Tornos-Bechler à la rue des Oeuche
  • Commande en 1971 de la tapisserie de l’aula à l’École Secondaire de Moutier suite à une recommandation de Coghuf
  • Expositions en 1971 à Laufon et à Delémont
  • Commande en 1975 de la peinture murale du plafond du préau de Chantemerle
  • Commande en 1976 du bas-relief et de la structure en métal polychromes (œuvres collectives) à l’hôpital de Moutier
  • Exposition en 1977 à Neuchâtel
  • Commande en 1979 d’une peinture murale sur les vestiges romains de Nyon

Oui, c’est lui qui a créé plusieurs de ces œuvres que vous côtoyez régulièrement dans la cité prévôtoise.

Il vendra des tableaux, des cartes postales et fera beaucoup d’expositions en Suisse et en France jusqu’à la fin du millénaire passé. Le rythme diminuera ensuite, du moins concernant les expositions. Car, une chose est sûre, on ne lui ôtera jamais le pinceau des doigts. 

Allers-retours franco-helvètes

Fredos et Suzon reviennent régulièrement dans leur terre natale. Ils avaient un pied-à-terre à Moutier jusqu’en 2011, chez sa tante à lui – Nelly Schneeberger –, à la Rue de la Paix. Entre autres choses, lui y travaillait ses aquarelles presque tous les étés et elle y… donnait naissance à leur deux enfants, Caroline et Laurent ; la meilleure amie de sa mère étant sage-femme. Fred-André se souviendra toujours avec amusement de ce qu’Eduardo du buffet de la gare avait dit un jour à Suzon: «Mais Madame Holzer, chaque fois que vous venez à Moutier, c’est pour vous décharger!». Rires.

Il aurait des centaines d’autres anecdotes à raconter sur ses péripéties prévôtoises. «On s’amusait beaucoup à Moutier» se rappelle-t-il gaiement. Les noces avec les amis, les fêtes de famille, les joies éprouvées avec ses petits-enfants (Adrien, Louise, Matteo et Oriana), et bien d’autres tranches de vie inoubliables. Mais au moment de me les raconter, des invités sonnaient à sa porte: c’était l’heure de fêter ses 80 ans.


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