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Portrait
Mercia Junod do Brazil

A l’heure où la moitié de la planète va s’arrêter de respirer pour idolâtrer le dieu foot, il nous a semblé intéressant de s’intéresser à une fille native de São Polo qui vit dans nos contrées depuis près d’un quart de siècle. Même si elle n’est pas une fanatique du ballon rond, elle ira participer à la fête du pénalty dans son Brésil natal et espère ne pas y vivre «tout ce qu’on entend dans les médias» et que la fête soit belle. Portrait de Mercia.

Par Cégé, le - Ed. 28

La maison de la rue du stand date du début du siècle et les marches qui conduisent au deuxième étage sont raides et étroites. Gare à la descente pour qui aura abusé de la caipirinha. Elle nous attend, Mercia, et en guise de caipi, ce sera un café. Plus prudent. Souriante, comme à son habitude, le verbe volubile, l’accent qui fleure bon la samba, elle se raconte avec vivacité. Il faut calmer un peu le jeu pour remettre un peu d’ordre dans ce récit.

Elle tient ce type particulier d’un père brésilien et d’une mère andalouse. Née à São Polo, 22 millions d’habitants, dans une banlieue dortoir à une quarantaine de kilomètres, juste après le milieu du siècle passé. Elle est l’aînée de seize enfants. Il en reste dix vivants, cinq filles et cinq garçons. Sa scolarité terminée, elle travaille comme dactylo et suit des cours du soir pour devenir secrétaire et officie dans une entreprise allemande d’exportation de rosiers, puis plus tard à Campinas (120 km de São Polo), comme courtière en publicité. 

L’appel de la Suisse 

Elle se marie et aura, huit ans plus tard, en 1981, un fils, Sidnei. Mais les rapports avec le père de l’enfant ne dureront qu’un peu plus d’un an après sa naissance. Devenu alcoolique, elle s’en séparera. Le Brésil va mal économiquement et Mercia cherche à venir en Europe. Une famille chilienne habitant la Tour-de-Peilz l’invite; elle découvre Lausanne et un restaurant mexicain où elle bosse au noir quelques temps, puis par le biais d’une association brésilienne, elle déboule à Courtelary, et la voilà un pied dans notre région.

Son homme

Par l’intermédiaire d’une agence conjugale régionale, elle fait la connaissance de Jean-Claude Junod, qu’on croisait souvent au volant du bus de livraison de l’entreprise de matériel de bureau de son beau-frère, siglé Afa. Le courant passe très bien, et une année après, c’est le mariage. On est décembre 1992. Jean-Claude fréquente un large cercle d’amis en Prévôté et la nouvelle madame Junod n’a pas de peine à se faire accepter, étant d’une convivialité notoire. On se souvient de son sourire à boulangerie Steiner pendant 6 ans, au bar du Papillon 4 ans durant, et de divers petits emplois. Depuis 15 ans aussi, elle membre assidue de la compagnie théâtrale de l’Estrade.

La tuile

Puis, c’est le drame. Jean-Claude décède le jour de la St-Valentin 2011 d’une tumeur au colon, 10 mois après la découverte de la maladie, à 62 ans. Passage difficile pour Mercia, qui restera dans la maison familiale de la rue du Stand. Elle ne travaille plus, mais s’adonne à des activités bénévoles. L’an passé, elle est retournée cinq mois au Brésil chez sa maman. 

Son fiston

Son fils, Sidnei Pacheco, est bien connu à Moutier (il y a même trouvé l’âme sœur); après une tentative au gymnase, il fait un apprentissage de mécanicien sur voitures, puis s’occupe du parc des véhicules d’une entreprise de construction delémontaine et s’exile à Montreux comme mécano au train panoramique Goldenpass.

Son Mundial

C’est lui, Sidnei, qui a organisé le voyage, le logement et s’est procuré les billets pour le match Suisse-France qui aura lieu à Salavador de Bahia. Ils seront quatre du voyage et supposent que tout se passera pour le mieux. Mercia espère que l’esprit de la fête l’emportera, mais est un peu inquiète de voir ces stades faramineux et luxueux qui ont été construits dans des régions reculées, juste pour ce tournoi, alors que nombre de ses compatriotes ne mangent pas à leur faim. Son Brésil lui fait peur. La situation est précaire car on voit l’émergence de nouveaux riches, surtout à São Polo, où ils construisent des habitations somptueuses hors ville, alors que le centre est laissé dans un état calamiteux et à l’abandon, avec ses clochards et ses drogués au crack (Mercia y a d’ailleurs perdu plusieurs de ses frères). Une grande insécurité y règne, ce qui n’est, par exemple, pas le cas à Rio, cité beaucoup plus touristique. De ce fait, pour rien au monde, Mercia ne voudrait retourner vivre au Brésil. Elle a son cercle d’amis ici et s’y plaît énormément. 


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