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Carnet noir
Lemmy et Bowie sont partis

Le rock est-il mort? Depuis la fin des années 1990, cette épitaphe revient trop souvent s'inscrire dans les paroles de critiques, adeptes, amateurs ou artistes du monde de la musique, qui ont cru que cet art s'arrêterait en même temps qu'eux, comme si leur temps relevait d'un absolu, parce ceux-là avaient vécu l'âge d'or du rock. Heureusement pour eux, ces quelques prétentieux ont rencontré leurs désillusions avec de belles promesses qu'ont offertes les années 2000: the Strokes, the White Stripes, the Arctic Monkeys, et bien d'autres moins connus mais non moins dépourvus de cette âme si singulière. Non le rock n'est pas mort, et il ne meurt pas. Chaque année, la même richesse renouvelle cette culture du son, et chacun y trouve son content. Mais il est des choses qui disparaissent, inéluctablement; non pas le rock lui-même, mais certaines des personnes qui l'ont bâti, taillé, gravé et qui lui ont donné son essence, emmenant avec eux une part de cette magie qu'on adorera se remémorer d'une vive nostalgie. Fin 2015, début 2016, deux légendes du rock sont parties, très différentes, mais aussi très semblables par l'empreinte et l'héritage de géant qu'elles ont laissé: Lemmy et Bowie. Le Ptit Ju vous propose deux hommages à ces personnages hors-norme.

Par AP, le - Ed. 42

Au revoir Lemmy

Faut-il pleurer nos héros disparus? Dans le monde dans lequel vivait Lemmy Kilmister, leader du groupe phare Motörhead, vaisseau mère du heavy metal (mais lui-même disait simplement faire du rock’n’roll), l’image fantasmée de l’ami Lemmy vous répondrait probablement que non. L’idée serait ici de balancer une de ses nombreuses citations, mais bordel, y en a tellement, on ne saurait même pas laquelle vous mettre. « Born to lose, live to win »? Probablement. Juste après sa mort le 28 décembre dernier, les premiers mots qui accompagnèrent l’annonce officielle de la triste nouvelle furent ceux-ci: « Pour le moment, s’il vous plaît… écoutez Motörhead fort, écoutez Hawkwind fort, écoutez la musique de Lemmy FORT. Prenez un verre ou plusieurs. » Lui qui a profité de la vie de toute sa stature, à l’allure qui le rendait le plus heureux, on pourrait parier une bouteille de Jack que le barbu est parti sans trop de regrets: « Si je mourrais demain, je pourrais pas me plaindre. Ça a été bien. » 

L’homme et la légende

N’en a-t-il emporté aucun pour autant? La légende autour de l’homme voudrait peut-être un peu trop que son charisme lui ait épargné toute inquiétude terrestre. L’année passée, il livrait une interview à Rock&Folk, dans laquelle la rockstar-attitude semblait prendre le dessus sur l’homme et son parcours, avec un certain nombres de conneries redondantes, peut-être aussi attisées par la direction donnée par le journaliste et ses questions, comme si l’on voulait nous faire avaler un Lemmy tel un pur fantasme rock’n’roll. D’autres interviews furent plus habiles, qui donnèrent à l’homme un charisme plus fort encore en lui rendant sa part humaine. En 2010, par exemple, The Independent se demandait s’il pouvait « y avoir un côté doux chez Lemmy », lorsqu’on se penchait sur l’homme et non plus sur la rockstar. Abordant la mort, il disait: « Dans la vingtaine, tu penses que tu es immortel. Dans la trentaine, tu espères que tu es immortel. Dans la quarantaine, tu pries simplement pour ça ne soit pas trop douloureux, et quand tu as atteint mon âge, tu deviens convaincu, eh bien, que ça pourrait arriver au coin de la rue. Est-ce que je pense beaucoup à la mort? C’est difficile de ne pas le faire quand tu as 65 ans, fiston. » 

Comprenez bien, Lemmy n’était pas, il me semble, juste un bourrin, coincé dans un personnage de scène, que la consommation de produits divers et variés aurait abruti plus que de nature. Non, il y avait sûrement chez cet homme une part complètement lucide et très intelligente sur son propre parcours et ses choix, qu’il a toujours assumés. Une vision très perspicace de lui-même. Le 3 janvier, ARTE a diffusé un documentaire sur la légende, qui rend également bien compte de cette dimension souvent oubliée et pourtant tellement intéressante de l’artiste. On le voit dans son appart’ crados de Los Angeles, à droite à gauche en train de bourlinguer, siroter un Jack Daniels-coca en train de parier sur une machine à sous, faire une présence à tel ou tel concert, mais toujours, toujours la tête sur les épaules, très humain, parfois faiblard et maladroit. 

Rétrospective musicale: le meilleur de Motörhead?

Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de l’individu Lemmy? La question s’est évidemment posée avant d’écrire cet article. A-t-on réellement besoin de connaître l’homme pour apprécier sa musique? Non, certainement pas. Chacun perçoit ses idoles, ses groupes favoris à sa façon, et à cet égard, cet article relève évidemment d’un point de vue personnel. Celui de cet article, justement, était d’éviter l’idolâtrie du grandiloquent personnage de scène Lemmy Kilmister, qui, en toute honnêteté, nous a parfois paru bien imbuvable, accoutré de ses légendes quelque peu surannées. Il me semblait au contraire intéressant de percevoir le bassiste à travers son propre discours. En outre, et pour en revenir à la musique, il aurait été bien ambitieux de vouloir faire un classement des meilleurs enregistrements de Motörhead, d’abord parce que le bougre a commencé à jouer 25 ans avant ma naissance et a enregistré 23 albums studio que je n’ai pas tous écoutés, ensuite parce que ces classements rétrospectifs sont toujours subjectifs, et entraînent des vagues d’indignation chez les fans, dont certains ont une expertise 36 fois plus importante que celle du Ptit Ju en la matière.

Au demeurant, il serait plutôt injuste de rendre hommage à Lemmy sans revenir sur ce qui fut le centre de sa vie: la musique. Parce qu’au-delà de l’image heavy metal que renvoyait Lemmy, le natif de Stoke-on-Trent, au Pays de Galles, s’est toujours vu comme un musicien de rock’n’roll. Dans ses influences, Lemmy n’a cessé de mentionner les pionniers du style, qu’il écoutait dans sa jeunesse presque sans histoire au Royaume-Uni: Little Richard, Chuck Berry, et les Beatles en première place. C’est leur musique notamment qui le poussent, dans les années 1960, à jouer comme guitariste dans plusieurs petits groupes de rock’n’roll, sans vraiment décoller. C’est également à cette époque qu’il devient roadie pour Jimi Hendrix, pendant une courte période. Le succès arrive pour la première fois en 1971, lorsqu’il rejoint Hawkwind comme bassiste cette fois, un groupe de space-rock halluciné, dont il sera viré en 1975 pour ses retards et ses coups de tête à répétition que certains imputent à sa consommation inégalée de speed. C’est justement après Hawkwind que Lemmy forme Motörhead, d’abord appelé « Bastard », de son propre chef. Il souhaite jouer « une musique très basique: du rock’n’roll fort, rapide, urbain, tapageur, arrogant, paranoïaque ». La suite est entrée dans la légende.

Voici donc finalement une liste non-exhaustive et purement subjective des meilleurs albums de Motörhead. L’hommage ne serait pas complet si vous, lecteurs, ne participiez pas aussi. Nous vous invitons donc à proposer votre propre classement, à plussoyer le nôtre, ou à pisser dessus, c’est selon. « Born to lose, live to win ».

Album: Overkill (1979) – Titre: Metropolis

Album: Ace of Spades (1980) – Titre: Ace of Spades

Album: Bomber (1979) – Titre: Dead Men Tell No Tales

Album: Bastards (1993) – Titre: Born To Raise Hell

 

Album: Orgasmatron (1986) – Titre: Built for Speed


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