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J'ai pas campris!
Le vapotage

S'il est un sujet qui revient chaque année faire polémique sur la scène de la santé publique, c'est bien celui de la clope. Le combat s'est fait de plus en plus âpre ces dernières années en Suisse et en Europe plus largement, et l'interdiction de fumer dans les lieux publiques a aujourd'hui gagné sa place dans les législations. Au cours des derniers mois, une innovation est apparue, qui a remis la question sur la table: la cigarette électronique, ou e-cigarette, déclarée moins nocive, parce qu'elle ne contiendrait pas tous les additifs présents dans les cigarettes. Médicament, solution miracle, ou illusion? A l'heure où le phénomène s'étend et les autorités hésitent quant aux mesures à adopter, le Petit Jurassien s'est décidé à éclaircir toute cette histoire enfumée, à faire le point sur ce produit fumeux, et de manière non-fumiste. Parce qu'au fond, y a pas de fumée sans clope.

Par AP, le - Ed. 25

L’e-clope, ça se clope comment?

Par la bouche. Il s’agit en fait d’inspirer par la bouche en «tirant » sur l’embout. Vous pouvez toujours demander à un fumeur, il pourra vous expliquer. Ou vous montrer. Ça devrait en rassurer plus d’un. Mais pour ceux qui voudraient aller plus en profondeur dans la campréhension de la chose, on va tâcher de faire une courte explication sur le système et les différences avec une cigarette classique. La première grosse différence, c’est la taille, et Dieu sait si c’est important la taille, tout le monde vous le dira. En bouche, selon plusieurs témoignages, ça fait tout bizarre les premières fois. Mais pas d’inquiétude, pas de quoi confondre une sèche normale et une e-cigarette, déjà rien qu’à la vue ça se différencie bien; la cigarette électronique se présente sous la forme d’un long tube plastique ou métallique qui imite la forme d’une cigarette classique, mais peut se vanter, au demeurant, d’un diamètre et d’une longueur accrus. Attention, toutefois, à ne pas trop se fier aux apparences. Si vous avez la curiosité titillante, vous trouverez sur le Web d’innombrables exemples de modèles spécifiques d’e-cigarettes, customisées. On parle d’ailleurs peut-être d’une émission «Pimp my Clope», diffusée sur RFJ/RJB/GRRif dès 2015, avec R. Mérillat comme animateur vedette, mais rien n’est moins sûr. 

Mais y a quoi dans l’e-clope?

Bien évidemment, la cigarette électronique ne se consomme pas comme de vulgaires sèches. Dans celles-ci, l’inhalation du tabac et de ses quelques milliers de copains additifs se fait grâce à sa combustion, et par le passage de la fumée à travers le filtre (si y en a un). Pour la cigarette électronique, le système un peu plus compliqué, parce que qui dit électronique, dit technique, et la technique c’est pas toujours simple (suffit de demander à nos pigistes.) Dans l’e-cigarette, pas de tabac ni de combustion. Ce qui est consommé ici, c’est un liquide, appelé «e-liquide» pour faire dans l’original, qui est chauffé et vaporisé à environ 50°C pour ensuite être inhalé. Pour faire simple, l’e-cigarette est composée de quatre parties: un réservoir qui contient l’e-liquide, une résistance (ou atomiseur) pour chauffer le liquide, une batterie pour alimenter la cigarette, et un bouton pour allumer la cigarette (parfois remplacé par un système d’allumage automatique lorsque l’e-cigarette est portée à la bouche).

Ce liquide, y a quoi d’dans?

C’est toute la question, c’est le centre du propos, là où réside le juteux du problème. La relative récence du produit en fait encore une problématique plutôt floue, mal connue. Les recharges d’e-liquide, c’est à dire le produit consommé en soi, varient énormément, et à ce jour les études sérieuses commencent seulement à pointer le bout de leur nez. Grosso modo, les e-liquides de base sont presque tous composés d’un mélange de propylène glycol et de glycérol, deux composés chimiques considérés comme non-dangereux, parfois complémenté d’eau, composé chimique non-dangereux lui aussi, selon toute vraisemblance. A cela sont ajoutés des arômes issus de l’industrie alimentaire, censés donner une saveur particulière, selon les goûts de chacun, cela pouvant varier du goût chewing-gum au goût jacinthe, pour les fleuris. Nul doute que dans la région, on doit pouvoir trouver de l’e-liquide aromatisé à la damassine. Enfin, le dernier composant n’est autre que la célèbre nicotine, présente dans des taux très variables, selon les types d’e-liquide. C’est donc là la triplette de base qui compose une dose d’e-liquide. La question reste de savoir quels sont les composants qui complètent le reste du tableau, et surtout, quels sont leurs effets. 

Mais alors, c’est toxique ou pas?

La seule chose sur laquelle s’accorde aujourd’hui la communauté scientifique, c’est que l’e-cigarette est moins nocive qu’une cigarette classique, de façon générale, puisqu’à la base, elle ne contient pas les milliers d’additif présents dans le tabac à fumer. Cela ne signifie pas pour autant que les dangers sont inexistants. Mais il est, à l’heure actuelle, difficile de dire les substances toxiques que contiennent véritablement les e-liquides, sachant également qu’il est possible de se préparer son propre flacon et donc d’y ajouter les composants désirés, par exemple de la gnôle (combo très efficace pour les fumeurs doublés de soiffards, paraît-il).

En Suisse, seule la vente de cigarettes électroniques et de cartouches d’e-liquide sans nicotine est autorisée, bien qu’il soit prévu que les particuliers, puissent importer des cartouches avec nicotine, à raison de 150 ml tous les deux mois, tout au plus. Cette restriction sur le marché empêche d’obtenir des statistiques sûres sur l’utilisation de l’e-cigarette dans notre pays, et par conséquent, peu d’études suisses se sont penchées de façon sérieuse sur le problème. En 2011, une étude de l’Université de Genève relevait la forte teneur en nicotine de certains e-liquides, dont l’absorption à dose importante demeure évidemment nocive pour l’organisme. L’Office Fédéral de la Santé Publique lui, recommande, dans un document datant de fin 2010, de rester prudent face à l’e-cigarette et d’éviter les cartouches nicotinées, jusqu’à ce que de véritables procédures rigoureuses de production et d’évaluation soient établies. Face à la montée du vapotage, et en raison du flou qui règne encore à ce sujet, les instituons publiques jouent la carte de la prudence. Depuis décembre dernier, les CFF interdisent le vapotage sur leurs lignes. (Selon certaines de nos sources, cela rendrait leur personnel, d’habitude si aimable, tout à fait ronchon.)

Chez nos voisins français, en revanche, l’ampleur du phénomène (entre un et deux millions d’utilisateurs réguliers environ au début 2014) a incité les autorités à étudier très sérieusement la question. Le rapport de l’OFT (l’Office français de prévention du tabagisme) qui en a découlé, en mai 2013, relève lui aussi comme point central la nocivité de la nicotine, mais souligne également que les composants cancérigènes majeurs comme le goudron ou les oxydes de carbone, présents dans les cigarettes ordinaires, sont absents des cartouches d’e-cigarettes. Toutefois, elle rappelle qu’il y a un gouffre à remplir dans l’étude des e-cigarettes, et que l’échantillonnage demeure un réel problème face à la diversité et au manque de contrôle sur les e-liquides, et encourage donc, à cet égard, la poursuite des recherches. Difficile d’avancer des affirmations scientifiquement prouvées et approuvées à 100%, d’où la position prudente des autorités.

Bon, et pis le vapotage passif, du coup?

La consommation, c’est une chose. Ses conséquences sur les autres, c’en est une autre. Il doit y avoir un dicton là-dessus, vos potes de soirée doivent connaître. La fumée passive a été l’un des arguments poids-lourds du combat contre le tabagisme. Mais pour le vapotage et l’exposition aux vapeurs de l’e-cigarette, la donne est sensiblement différente. Il y a bien sûr corrélation entre les substances en présence dans les e-liquides et les effets du vapotage sur ceux qui le subissent. La première donnée essentielle qui marque une différence avec la fumée passive ordinaire, c’est le temps durant lequel les particules vaporeuses de l’e-liquide restent dans l’air. En moyenne, plus de 95% des vapeurs de propylène glycol ou de glycérol ont disparu après une minute. La demi-vie des gouttelettes provenant du vapotage serait donc environ cent fois inférieure à celle des particules émises par la combustion d’une cigarette normale. En ce qui concerne la nicotine, en revanche, les taux sont quasiment les mêmes face à une exposition à la fumée classique et face au vapotage, dans le cas d’e-liquides nicotinés, même si cela peut varier selon les dosages. Et bien que la nicotine absorbée par la fumée passive ou le vapotage passif demeure inférieure aux taux absorbés lors d’une consommation directe, son passage dans l’organisme reste néfaste. Enfin, les substances cancérigènes classiques contenues dans la fumée, ne sont en principe pas présentes dans les vapeurs de la cigarette électronique. Certaines particules, toxiques seulement à haute dose, y ont effectivement été retrouvées, mais dans des taux en-deçà des limites considérées comme cancérigènes.

On e-clope ou pas, en fin de compte?

Le Petit Ju ne saurait vous répondre. Le sujet est d’actualité, voilà une info. Le phénomène est en expansion constante. Encore une info. Pour camprendre tout le barda, et avant de pouvoir en tirer des conclusions définitives, il semble qu’il faille encore attendre quelques années, histoire de se faire une idée claire et concise des vrais enjeux. Toutes les informations données ici sont tirées d’études scientifiques plus ou moins complètes, et nous ne saurions assez recommander de les prendre avec un certain recul. Pour le moment, c’est encore bien trouble, comme si on avait rajouté à tout cette fumée une bonne dose de fumette, et au tabac quelques bourgeons verts odorants. Mais cela est une autre histoire. Difficile de tout camprendre, quand les autorités scientifiques même ne s’accordent pas. La prudence reste, il semblerait, le maître mot, et on espère que les quelques explications données ne partiront pas de sitôt en fumée.

Si vous souhaitez en apprendre plus, voici deux liens qui vous permettront d’accéder à des articles de qualité:

Revue Médicale Suisse – Article Cigarette électronique (1)
Revue Médicale Suisse – Article Cigarette électronique (2)


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