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Les aventures d’Emilie
Destin: photographe

Jeune footballeur parti à 22 ans pour un tour du monde qui ne devait durer que six mois, Jean-Claude Wicky s’oublia durant plus de cinq ans, entre 1969 et 1975. Un périple qui se dessinera comme le tournant d’une vie. Le déclic: l’envie de faire des clics. Au fil des pays et des paysages, le désir d’immortaliser ces images se fit sentir et ne le quitta plus. Il reviendra photographe.

Par EM, le - Ed. 13

C’est avec trois dollars en poche qu’il débarque en 1970 à Darwin en Australie. Durant dix mois, il y travaillera jour et nuit, de petits boulots en petits boulots.

Avec quelques économies dans sa bourse, il s’envole pour le Japon en 1972. Il y achètera ses deux premiers appareils, enfin! Autodidacte, c’est à l’aide d’un livre avec lequel il compare ses clichés qu’il se corrige.

Durant vingt-deux mois, il enseignera le français dans une école. Si les rencontres ont ponctué le parcours du globe-trotter, une en particulier ressort ici, dans la continuité du récit: «On m’a demandé de donner des cours d’italien au fils du consul du Venezuela, agoraphobe. Ayant passé plus d’une année au FC Chiasso, j’y avais appris la langue. J’enseignais donc deux heures par semaine à José Sanchez, que j’ai revu dans son pays plus loin dans mon voyage. Bien des années plus tard, alors que j’étais à nouveau de passage au Venezuela, je tentai de le retrouver. Malheureusement, il y a des centaines d’homonymes à Caracas et je ne connaissais pas son deuxième nom. Et hasard de la vie, c’est lui, il y a quinze jours, qui m’a recontacté grâce à internet. Trente-huit ans après notre première rencontre!», explique Jean-Claude Wicky.

Mineros

C’est également durant ce tour du monde que le photographe découvre avec horreur la vie des mineurs de Bolivie. De son coup de cœur pour ce peuple oublié des Andes, émergera sa plus grande œuvre, la plus profonde, mais aussi la plus dure: «J’avais passé une journée avec eux et je m’étais promis de faire un jour un travail sur ces mineurs. Tout d’abord pour des raisons personnelles, puis à cause du coup d’Etat militaire de 1980, je ne pus retourné dans le pays qu’en 1984». C’est un véritable témoignage sur un peuple oublié et caché qui vit sous terre, qu’apporte Jean-Claude Wicky dans son livre «Mineros, mineurs de Bolivie», sorti en 2002 et retraçant près de trente années de clichés: «Je n’ai pas tout de suite su comment faire. Durant les deux premières années, je n’ai pas pris une seule photo. On dit que la photographie, c’est peindre avec la lumière, hors à 500-600 m sous terre, il n’y en a pas un rayon. Et je refusais d’utiliser le flash, qui à mon sens, écrase tout. Mais je tenais à montrer l’isolement, la souffrance et le désespoir de ces personnes. Il a donc fallu gagner les quelques lumens à disposition pour les remonter à la surface, sur les photos que vous voyez».

Tous les jours la nuit

Pour aller encore plus loin dans sa démarche, c’est un film qu’il réalise et qui sort en 2010: «Tous les jours la nuit»: «La réussite d’un travail de photographie et d’un film dépend beaucoup de la qualité des relations humaines entretenues avec les gens. Il faut être soi-même et oublié à la maison des mots comme condescendance, compassion ou pitié. Il y a encore sur cette terre des gens pour qui le quantitatif n’a que peu d’importance face au qualitatif. Et ils ne se considèrent pas sous quelque chose, par exemple sous-développé, mais simplement ailleurs et autrement».

Il a fallu gagner la confiance des Boliviens, parfois méfiants. Cela s’est fait petit à petit en retournant à de nombreuses reprises les voir, en leur montrant les photographies et en leur offrant, personnellement, à chacun leur portait.

A la recherche de l’émotion

Ces portraits, justement, tantôt joyeux, tantôt bouleversants, sont chers au cœur du photographe: «Le portrait peut dire beaucoup de choses au sujet de la personne photographiée. Il peut montrer le statut social, révéler le caractère de la personne ou ses états d’âme et finalement décrire l’essentiel de la condition humaine. A travers un portrait, c’est le monde qu’on interroge».

Depuis ses débuts, Jean-Claude Wicky a entretenu une conception humaniste de son métier: «Pour moi, être photographe, c’est être attentif aux gens et aux choses ainsi que transformer l’observation en émotion. L’outil principal pour cela est moins l’appareil photo que le cœur. A mon sens, une photo est bonne quand celui qui la regarde ressent la même émotion que moi j’ai ressenti en la prenant».

Pour le photographe, la suite s’imagera sans doute du côté du sud-est asiatique, et plus particulièrement du Laos, où un nouveau projet a déjà commencé et ne demande qu’à être poursuivi. Et à lui de conclure: «Les photographies sont à l’épreuve du temps: elles ne vieillissent pas et tôt ou tard, il y a des personnes qui pourront se documenter. C’est un pari qu’il est bien de faire afin de parler du monde».

C’était les aventures d’Emilie chez Jean-Claude Wicky…


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